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DUNKERQUE-SAINT
POL SUR MER Par
Jean-Pierre CHEVENEMENT, Ancien Ministre, Président d'Honneur du Mouvement
Républicain et Citoyen
Merci
d'abord à Christian Hutin, député-maire de Saint-Pol sur
Mer, à Claude Nicolet et aux équipes du Nord, pour leur accueil
qui contribue au remarquable succès de cette Université d'été.
Merci également à nos invités, à Vincent Peillon dont
nous avons apprécié l'acuité républicaine du discours.
Merci aussi à Bernard Cassen qui a fait se lever des générations
nouvelles de militants. Merci à nos trois rapporteurs, Claude Nicolet,
Sami Naïr et Patrick Quinqueton pour leur travail et leurs exposés
remarquables. C'est l'absence d'un projet véritable qui a conduit, pour
la troisième fois depuis 1995, la gauche à la défaite aux
élections présidentielles. Cette défaite n'a rien d'inéluctable.
I
- Une gauche républicaine capable d'élaborer un projet à
la hauteur des défis du temps demain peut l'emporter. A)
Pour ma part, je reste fondamentalement optimiste pour l'avenir d'une telle gauche
républicaine, mais je ne crois pas que le parti socialiste puisse trouver
seul la force d'un sursaut salvateur. Il peut le favoriser ce qui serait déjà
beaucoup. Et cela demande à ses dirigeants une certaine hauteur de vues.
C'est ce que semble proposer François Hollande aux partenaires du parti
socialiste avec la tenue d' " Assises " avant même les prochaines
municipales. Il faudra aller beaucoup plus loin dans la refondation si on veut
que la gauche revienne au pouvoir avant dix ans. Il faudra un " événement
" aujourd'hui indescriptible (de type 1936 ou 1968) et surtout une structure
politique capable d'accueillir cet évènement, structure dans laquelle
puissent se retrouver les jeunes générations, se brasser des militants
issus des couches populaires aussi bien que des couches nouvelles et surtout s'élaborer
un nouveau logiciel. Là est l'essentiel. Car le logiciel élaboré
à Epinay en 1971 a été déclassé par les socialistes
eux-mêmes, à partir de 1983, au profit d'une politique social-libérale
qui les a mis en porte-à-faux avec leur électorat. Ils ne lui ont
pas substitué un nouveau logiciel, j'entends par là à la
fois une grille de lecture du monde cohérente prenant en compte les défis
extérieurs et l'évolution de la société française,
et une feuille de route permettant de dépasser les réponses au coup
par coup, sans principes. Ce nouveau logiciel ne peut se réduire à
la conversion libérale entamée en 1983, aboutissant, au prétexte
de l'Europe, à une ringardisation de la nation que celle-ci n'accepte plus.
Ce nouveau logiciel doit signifier une conversion républicaine capable
de réconcilier la gauche et la France et de mettre la première en
phase avec les besoins et les intérêts essentiels de la seconde.
Il n'est jamais trop tard pour bien faire, pour opérer cette conversion
républicaine et revaloriser le rôle de la nation pour mettre la gauche
au service de la France, selon une expression employée par François
Hollande lui-même à La Rochelle. C'est un immense travail, tout à
fait exaltant pour ceux qui sont prêt à s'y engager. Et le MRC est
prêt pour cette refondation républicaine. François Hollande
m'a indiqué qu'il souhaitait que nous participions à un Comité
de liaison de la gauche. Pour ma part je ne vois pas a priori d'inconvénient
à accepter cette proposition à condition bien entendu de préserver
la liberté de nos analyses et nos intérêts politiques essentiels.
Et il faudra que les Assises soient précédées et suivies
de débats décentralisés où vous aurez à prendre
toute votre place. Ensuite doit venir un congrès de refondation et pas
un simple congrès socialiste. B)
Notre identité est claire. Le MRC doit savoir ce qui le rapproche et ce
qui le distingue du Parti socialiste.
Issu
historiquement du CERES, de " Socialisme et République ", puis
du Mouvement des Citoyens, le MRC n'est pas seulement un rameau du socialisme
français. Il a entendu constituer dès l'origine un courant républicain
civique qui est nécessaire à la gauche et au pays. De ce point de
vue, nous devons mieux préciser notre rapport historique au courant socialiste
auquel nous appartenons sans pour autant nous confondre avec lui. Ce n'est pas
seulement la guerre du golfe et le traité de Maastricht qui nous ont éloignés
du parti socialiste. C'est plus profondément notre conception républicaine,
dont les racines, à bien y réfléchir, sont déjà
présentes dans la pensée de Jaurès et qui ont fait du CERES
dès sa création un " empêcheur de tourner en rond ".
Notre regard sur l'Histoire nous différencie du courant socialiste traditionnel
auquel nous appartenons cependant. 1.
D'abord le combat socialiste nous paraît plus nécessaire aujourd'hui
que jamais.
En effet, le socialisme a d'abord été, selon
le mot de Durkheim, un " cri de douleur ". Face à l'exploitation
sans frein des travailleurs par le capitalisme naissant, ceux-ci ont cherché
et réussi à s'organiser pour améliorer leur sort. A ce travail
d'organisation près de deux fois séculaire revient le mérite
d'avancées sociales que l'augmentation de la productivité seule
n'aurait pas assurées. Sans
l'organisation et la combativité des organisations ouvrières, aucun
progrès social n'eût été possible. Il est de l'essence
même du capital d'aller au bout de sa logique : celle de l'exploitation
maximale de la force de travail. Résistance, équilibre, progrès
enfin, ces trois mots résument la vocation du socialisme face à
cette logique d'exploitation toujours à l'œuvre dans l'Histoire : ce qu'on
appelle " mondialisation libérale " aujourd'hui ne se manifeste-t-il
pas d'abord par la mise en concurrence, à l'échelle mondiale, des
territoires et des mains d'œuvre par les multinationales et les fonds d'investissement
? Pour
contrarier la logique du capital, plusieurs voies ont été explorées
: action syndicale, réformes parlementaires, tentatives révolutionnaires,
dont je ne prétends pas refaire la théorie. Il
y a plusieurs manières de combattre la logique d'exploitation inhérente
au système capitaliste, mais quelles qu'en soient les formes, le combat
est nécessaire. Cela ne suffit pas, pour autant, à définir
le socialisme. 2.
Le socialisme c'est d'abord une critique du capitalisme. Que
reste-t-il de l'ambition démiurgique affirmée par Marx il y a cent
cinquante ans, de faire du prolétariat l'acteur d'une Histoire rompant
avec des siècles d'oppression ? Le
succès du révisionnisme bernsteinien en Allemagne, à la fin
du XIXe siècle c'est-à-dire d'un réformisme au jour le jour,
l'effondrement du communisme en Russie et la conversion du parti communiste chinois
à un capitalisme d'Etat sans contrepoids, à la fin du siècle
dernier, ont sonné trois fois le glas de la prophétie marxiste visant
à ériger le prolétariat, non seulement en acteur indépendant
et conscient de l'Histoire de l'Humanité, mais en légataire universel
de toutes les traditions et avancées progressistes. On a pu décrire
Marx ironiquement comme le dernier des grands prophètes juifs. Du mouvement
socialiste ne restent aujourd'hui que les organisations qui s'en réclament,
à tort ou à raison, et souvent plus à tort qu'à raison.
Un réformisme au jour le jour est l'horizon borné où les
partis socialistes européens inscrivent aujourd'hui leur action. Historiquement,
le socialisme a été et doit rester une analyse critique du capitalisme
à travers une méthode à certains égards aujourd'hui
encore inégalée : Il n'y a rien d'autre à retenir de Karl
Marx, mais c'est l'essentiel - et ce n'est pas rien - : à travers la théorie
de la valeur travail, l'analyse dite " matérialiste " du rapport
entre l'évolution des classes sociales et celle des forces productives,
la définition lumineuse enfin de " l'idéologie dominante ",
comme étant, en dernier ressort, celle des classes dominantes. Cette méthode
d'analyse peut être affinée et développée, mais elle
reste incontournable. Elle est la contribution éminente de Marx à
la science des sociétés. Cette méthode n'implique nul prophétisme.
Ce socialisme baptisé " scientifique " n'est pas un système
de prévision. Il est simplement une incitation à comprendre le mouvement
global du capitalisme, et précisément ce qu'on appelle aujourd'hui
mondialisation ou mieux " globalisation ". Nul ne peut se dire socialiste
aujourd'hui s'il n'inscrit pas son action dans une analyse critique de la "
globalisation ". C'est ce qui fait défaut aux lointains disciples
contemporains d'Edouard Bernstein, Michel Rocard par exemple dont le socialisme
ne se définit qu'à l'aune de quelques valeurs morales coupées
de toute analyse concrète, thuriféraire du " marché
", depuis trente ans que l'Ecole de Chicago sert de feuille de vigne au triomphe
du néolibéralisme à l'échelle mondiale ! Le "
rocardisme " n'aura ainsi été que le reflet de l'idéologie
dominante. Nous devons, au contraire, affirmer un réformisme ambitieux,
en " pensant mondial ". *
Est-ce
que l'adoption d'une méthode d'analyse peut suffire pour autant à
définir le socialisme ? Certainement pas ! D'abord
parce que cette méthode, conçue dans la deuxième partie de
l'avant-dernier siècle, est nécessairement imparfaite. Ses limites
ont été rendues très visibles sur quelques sujets essentiels
: la nation, l'Etat, les cultures non européennes et cela à la lumière
même des échecs historiques du mouvement ouvrier : - l'incapacité
de la IIe Internationale à empêcher l'éclatement de la première
guerre mondiale ; - l'impuissance devant la montée du fascisme dans
les années 1930 ; - l'européocentrisme, aussi bien face à
la colonisation qu'à la décolonisation ou plus récemment
au " nouvel ordre mondial " proclamé par George Bush père
en 1990 et poursuivi aujourd'hui par son fils au nom de la " guerre contre
la terreur " ; - l'incapacité enfin à opposer une digue
face à la " globalisation " et notamment à imposer, dans
les institutions européennes et cela va sans dire dans les institutions
économiques mondiales (OMC, FMI), un compromis " social " aux
forces du capital. Je reviendrai tout à l'heure sur ces moments où
l'Histoire a basculé. Une
méthode d'analyse, si affûtée soit-elle, ne définit
pas une direction. Les valeurs du socialisme sont celles des Lumières,
telles qu'elles se sont développées en Europe au dix-huitième
siècle. Ces valeurs sont-elles toujours actuelles ? Valent-elles pour d'autres
cultures et sur d'autres continents ? 3.
Nous restons fidèles aux valeurs intellectuelles et morales des Lumières.
Nous
avons appris à nous méfier des prophéties et des religions
de substitution. On a pu ainsi décrire le socialisme comme la dernière
" hérésie judéo-chrétienne ", mais j'inclinerais
pour ma part à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Les
Lumières n'ont pu se développer que sur le riche substrat de valeurs
morales qu'on appelle " laïques ", mais dont beaucoup ne sont que
des valeurs chrétiennes laïcisées. A
bien y regarder, ces valeurs (égalité, justice notamment) sont présentes
à des degrés divers dans presque toutes les civilisations : même
celles où n'existe pas un mythe de " l'Age d'or ". De là
ne s'ensuit pas que l'idée de liberté, héritée de
l'ancienne Grèce, l'autre source majeure de la civilisation occidentale
et sans doute sa source principale, se soit partout frayée un chemin. Or,
c'est une des leçons de l'Histoire que le socialisme tourne à la
caricature s'il dissocie la liberté de l'égalité. Le socialisme
de caserne n'est tout simplement pas socialiste. C'est l'originalité de
Jaurès et de beaucoup de socialistes français qu'ils ont toujours
lié étroitement le socialisme et la République : l'un comme
l'autre de ces deux concepts ne vont pas sans une part d'utopie. Mais la République
ne se résume pas aux valeurs inscrites dans sa devise. Elle ne va pas sans
exigence : elle implique le citoyen, la responsabilité, le civisme, comme
nous n'avons cessé de le rappeler depuis le début des années
quatre-vingts. Le
socialisme, tel qu'il s'est réellement développé, a été
trop souvent confondu avec une technique d'organisation économique ou sociale
: nationalisation des moyens de production, planification dite démocratique,
assurance sociale généralisée, etc. Et quand il a dépéri,
ce n'est pas seulement sous les coups de boutoir de ses adversaires, c'est par
l'oubli des valeurs qui le fondent : esprit de service public, civisme inséparable
d'un sain patriotisme, volonté de comprendre, rigueur intellectuelle et
morale, amour des valeurs de la connaissance, refus des idéologies anti-science,
solidarité. C'est la spécificité du courant républicain
civique que nous incarnons de marquer l'importance de ces valeurs " républicaines
" que certains courants du PS ont abandonnées. Pour
autant nous savons que nous appartenons à la famille socialiste. Le mouvement
socialiste démocratique, en dehors des réformes sociales dont nul
ne contestera qu'il les a inspirées, s'il ne les a pas toujours réalisées
lui-même, peut, à la lumière du dernier siècle écoulé
et malgré ses échecs, garder la tête haute, au regard des
autres courants de pensée et d'action qui ont structuré la vie démocratique
dans les pays industrialisés. 4.
Tête haute mais lucide. a)
Les socialistes ont vu venir la première guerre mondiale. Ils l'ont combattue
en paroles. Ils prétendaient l'empêcher. S'ils n'y sont pas parvenus,
ils n'y ont au moins pas contribué. b)
Le socialisme démocratique a pris d'emblée ses distances avec la
révolution bolchevique. Le discours de Léon Blum au Congrès
de Tours (1920) est le texte fondateur du socialisme français maintenu
dans la " vieille maison ". Que certains courants socialistes aient
ensuite versé dans un anticommunisme de principe qui a pu conduire certains
d'entre eux à faire le jeu du fascisme, ne détruit pas la justesse
de l'intuition fondamentale des socialistes quant à l'évolution
du communisme soviétique. Cela ne veut pas dire que la tentative communiste
n'ait pas eu sa grandeur. Continuons à essayer de promouvoir, sur une base
de principes, les réconciliations nécessaires. c)
Les socialistes ont su aussi d'emblée combattre et dénoncer le péril
fasciste même s'ils se sont avérés impuissants à l'enrayer,
prisonniers du pacifisme né de la boucherie de la Première guerre
mondiale, ensuite de la logomachie abstraite qu'ils avaient eux-mêmes introduite
au sein de la SDN (désarmement, arbitrage, sécurité collective),
et enfin d'une vision de la politique étrangère qui les mettait
à la remorque des bourgeoisies occidentales et d'abord britannique, c'est-à-dire
d'un anticommunisme et d'une volonté d'" appeasment " avec Hitler,
que beaucoup d'entre eux, d'ailleurs, partageaient par pacifisme. C'est
le drame du socialisme français que, maître du pouvoir en 1936, il
n'ait pas su susciter en son sein un Robespierre ou un Carnot. C'est De Gaulle,
en 1940, qui a incarné la Résistance. Toute notre Histoire en a
été durablement et profondément marquée. Au moins,
beaucoup de socialistes (pas tous) se sont-ils retrouvés dans la Résistance,
derrière Léon Blum et Daniel Mayer. Le mérite de Léon
Blum fut, en particulier, de faire accepter aux socialistes l'autorité
du général de Gaulle. Dans la lutte contre le fascisme, les socialistes
n'ont pas tenu le premier rôle, mais leur rôle a été
honorable. Comme
l'a dit cruellement Kautsky, " L'internationale socialiste n'était
pas faite pour les temps de guerre ". Ce fut vrai pour la seconde guerre
mondiale comme pour la première. Comme si, par essence même, le socialisme
démocratique n'était pas taillé pour faire face aux crises
dont pourtant le développement du capitalisme est et reste gros. Cela reste
hélas vrai face à ce que Samuel Huntington a appelé le choc
- certains disent la guerre - des civilisations. d)
Il y a là une tache aveugle du " socialisme démocratique "
: son européocentrisme. Si
les socialistes ont souvent dénoncé les méfaits de la colonisation,
ils n'en ont jamais fait un thème central de leurs luttes. A bien des égards,
certains voyaient même dans la colonisation un progrès, ou une promesse
d'avenir, pour les peuples colonisés. Le
même européocentrisme a caractérisé l'attitude des
socialistes devant les mouvements de libération nationale qui ont conduit
à la décolonisation. En
France, de Marius Moutet, en Indochine, en 1946, à Guy Mollet en Algérie
dix ans plus tard, la cécité semble avoir été la règle,
si on met à part la notable exception des lois Defferre en Afrique Noire.
Le
socialisme démocratique se retranche volontiers derrière l'argument
voire le prétexte de la démocratie pour prendre ses distances avec
les nationalismes du Tiers-Monde, voire épouser les croisades impérialistes,
ainsi à l'occasion de la première guerre du Golfe. Tout se passe
comme si le socialisme démocratique était prisonnier de l'aire culturelle
européenne. Il n'a pu ainsi prendre que de faibles racines sur les autres
continents : dans certains pays d'Amérique Latine comme le Chili, ou au
Japon, où les socialistes sont toujours restés minoritaires. Face
à l'hégémonie américaine, la démarche du socialisme
démocratique se caractérise par le suivisme. Au
sein de la IIe Internationale, un Hilferding avait quand même pu faire la
théorie du capital financier en 1910, apportant ainsi une contribution
remarquable à la théorie de l'impérialisme. Aujourd'hui on
ne voit rien de tel chez les sociaux-démocrates ou se prétendant
tels, dont la réflexion sur la mondialisation reste étroitement
prisonnière de l'horizon du marché. Pascal Lamy, à l'OMC,
œuvre à la libéralisation complète et sans condition du marché
mondial. Quant à Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI son
mandat sera celui que définiront les Etats-Unis, le Japon et les grands
Etats européens qui détiennent une majorité écrasante
dans l'institution. Les pays du Sud sont en bout de table. Le problème
de l'impérialisme sous-tendu par l'hégémonie de l'Hyperpuissance
est délibérément tu. A nous de le faire prendre en compte.
*
Si
globalement les socialistes ont ainsi discerné avant les autres les périls
qui menaçaient la civilisation, la lucidité leur commande néanmoins
la modestie car ils n'ont pas été, dans leur ensemble et malgré
des exceptions notables, à la hauteur des défis de l'Histoire, faute
sans doute d'une analyse suffisamment englobante de ce qu'était le capitalisme
de leur époque. Mais certains, tel Léon Blum, restent de belles
figures morales. Il appartient au MRC de conduire des analyses approfondies et
de faire des choix courageux, particulièrement par rapport aux dérives
de la globalisation financière et à la fuite en avant de l'Hyperpuissance
américaine. Le MRC mettra ainsi dans la gauche plus qu'un grain de sel.
C)
Notre rapport actuel au PS : alternance ou alternative ?
Soyons
clairs : la gauche a naturellement vocation à l'alternance dans le système
institutionnel qui est le nôtre, mais suffit-il d'attendre un succès
électoral des échecs de la droite ? Le PS l'a cru en 2004. C'était
une illusion. L'alternance, pour être crédible, doit comporter une
dimension d'alternative. L'effet " essuie-glace " est épuisé.
Si, à l'occasion des trois dernières élections présidentielles
- 1995 - 2002 - 2007 - le candidat du parti socialiste a été défait,
c'est faute d'un projet réellement alternatif et crédible à
la fois. En 1995 la gauche n'était pas encore remise de la Berezina de
1993. Et en 2002 comme en 2007, elle a cru pouvoir l'emporter grâce surtout
au rejet de Jacques Chirac, puis de Nicolas Sarkozy. Certes, Ségolène
Royal a avancé quelques mots d'ordre forts et reconquis une partie des
couches populaires. On trouve dans sa campagne l'écho de notre discours.
On le trouve d'ailleurs aussi - soit dit en passant - dans les propos de campagne
de Nicolas Sarkozy, inspirés par Henri Guaino. Le chevènementisme,
comme discours républicain, a heureusement ou malheureusement vocation
à être récupéré ! L'accord politique MRC-PS
du 9 décembre 2006, que je vous invite à relire, a été
globalement respecté par Ségolène Royal, sur la réorientation
de l'Europe notamment. Mais il a manqué une traduction vigoureuse et convaincante
des valeurs proclamées au niveau des propositions concrètes et du
scénario permettant à la France de desserrer les mâchoires
de la mondialisation libérale. Là où je suggérais,
dans mon discours du 13 novembre 2006 à Japy, l'envoi de deux " mémorandum
" aux institutions et aux gouvernements européens, seules ont été
ouvertes des perspectives trop timides de renégociation. Je
ne critique pas Ségolène Royal. Certains socialistes s'en chargent,
avec souvent beaucoup d'excès et quelquefois une rare inélégance.
Faut-il le rappeler ? Ségolène Royal était leur candidate
désignée à plus de 60 % des voix. Sa candidature traduisait
la crise du parti socialiste après le rejet de la " Constitution européenne
" pour laquelle il s'était prononcé naturellement, puisque
cette Constitution, lancée en 2000, était - je vous le rappelle
- un enfant de la cohabitation. Ségolène Royal n'a pas été
la candidate des sondages comme on le prétend mais la candidate à
travers laquelle le parti socialiste a espéré pouvoir surmonter
sa crise. Ceux qui l'accablent aujourd'hui avaient-ils un meilleur candidat ?
Je n'en suis pas sûr. Les fulminations de Claude Allègre ne parviennent
pas à dissimuler la pauvreté de sa réflexion politique. Si
Ségolène n'a pas été élue, c'est que les socialistes,
à mon sens, étaient encore loin d'avoir mis leurs idées au
clair sur la nation, sur l'Europe, sur la mondialisation aussi bien que sur les
exigences d'une politique républicaine de sécurité, ou encore
sur la nécessaire revalorisation du travail, dans un pays où les
taux d'activité sont trop faibles, comme nous l'avions relevé dans
l'accord MRC-PS. J'observe avec plaisir que ces réorientations que nous
prônions sont clairement mentionnées dans le discours de La Rochelle
de François Hollande. Mais Ségolène a dû faire avec
ces contradictions du parti socialiste. Ses intuitions, souvent justes, paraient
au plus pressé, mais elles venaient trop tard ou trop tôt. Le parti
socialiste n'était pas en phase avec elles, faute d'avoir su, à
travers un projet cohérent, opérer à temps les synthèses
nécessaires, y compris en tranchant entre ses différentes sensibilités.
*
Rendons
à Nicolas Sarkozy cet hommage qu'il a su mieux exploiter les contradictions
de la gauche - sur l'assistanat, la sécurité ou l'immigration -
que la gauche n'a su exploiter les siennes, pourtant bien réelles (sur
l'atlantisme, le libéralisme, la complaisance à l'égard des
privilégiés de la fortune). Ségolène
Royal n'a pas été battue que par certains socialistes, mais nombreux
sont ceux qui y ont contribué, notamment en soutenant l'opération
Bayrou. La pluie de livres critiques qui s'abat sur celle manifeste de la part
de tous leurs auteurs à quel point ceux-ci restent enfermés dans
les choix politiques européistes et libéraux effectués depuis
tant d'années et qui ont conduit le parti socialiste à trois défaites
successives. Aucun de ces brûlots ne dépasse l'horizon d'un libéralisme
borné ou simplement teinté de remords social, sauf peut-être
Marie-Noëlle Lienemann qui, venue du rocardisme, fait aujourd'hui du chevènementisme,
apparemment sans le savoir, et en revendiquant, pour la gauche socialiste du "
non ", le bénéfice des inflexions positives que nous avons
apportées à la campagne de Ségolène sur l'Europe.
Ne chipotons pas : ces chicaias traduisent paradoxalement un certain remords :
ceux qui nous donnent raison aujourd'hui sur Maastricht, l'Irak ou la Corse, nous
en veulent surtout de s'être trompés eux-mêmes hier. Notre
combat était d'avant-garde. Nous avons été courageux, mais
nous n'en recueillons pas toujours les fruits. Nous avons ainsi passé un
accord politique avec le PS que pour notre part nous avons respecté. Je
n'en dirai pas autant de notre partenaire, s'agissant notamment du volet électoral,
notamment dans les Ardennes, le Territoire de Belfort et l'Indre. Il faudra en
tirer les leçons. Je l'ai fait, à ma manière, à Belfort
où je confesse qu'il est difficile de se faire élire à la
fois contre la droite et contre le parti socialiste local. Un nouveau maire, Etienne
Butzbach, MRC mais élu par toutes les composantes de la gauche belfortaine,
a pris le relais depuis le 29 juin. J'espère encore que, malgré
des déclarations imprudentes de ses dirigeants, le parti socialiste local
ne prendra pas la responsabilité, comme il l'a fait aux législatives,
en maintenant un candidat contre moi, et à la présidentielle qu'il
a délibérément sabotée, d'une nouvelle défaite
qui ferait perdre à la gauche la mairie de Belfort, la communauté
d'agglomération, le Conseil général et le siège de
sénateur. Excusez-moi d'avoir pris un exemple local. Ce n'est pas mon genre
- j'ai toujours préféré rester au niveau des idées
générales - mais il a valeur de test. Il faut savoir si le parti
socialiste préfère la droite au MRC, comme cela a été
souvent le cas jusqu'à présent, y compris quand nous avons été
marginalisés au gouvernement, au détriment des intérêts
bien compris de la gauche tout entière. Pour notre part, nous ne changerons
pas de cap. Nous maintiendrons au sein de la gauche et pour la gauche l'exigence
républicaine. C'est ainsi que nous espérons la faire réussir
un jour. II
- La droite et ses contradictions. Je
vous propose donc de nous tourner délibérément vers l'avenir.
La droite est naturellement plus en phase avec la globalisation libérale
que la gauche. Cela rendait plus facile la victoire de Nicolas Sarkozy à
l'élection présidentielle mais celui-ci est aujourd'hui prisonnier
des mêmes entraves que la droite puis la gauche ont acceptées, depuis
la fin des années 1970 : la globalisation libérale et l'européisme
paralysant. A)
Le rétrécissement des marges de manœuvre. Le
budget 2008 est basé sur une hypothèse de croissance irréaliste.
Les cadeaux fiscaux aux riches seront financés par l'endettement de l'Etat.
La réduction du nombre des postes d'enseignants sera payée par celle
des heures de cours, notamment de français. C'est le moment que choisit
le gouvernement pour stigmatiser l'Ecole primaire. Il ferait mieux d'incriminer
la politique des ministres de l'Education Nationale, de droite comme de gauche,
qui ont réduit le nombre des heures de français. Là est en
effet une des causes du pourcentage élevé d'élèves
arrivant au collège sans savoir lire ni écrire. Il est plus facile
de créer une " mission sur les enseignants " dont la " personnalité
phare " sera Michel Rocard, sous le gouvernement duquel a été
votée la loi d'orientation scolaire de 1989, créant les IUFM. Le
pédagogisme a encore de beaux jours devant lui ! La lettre de Nicolas Sarkozy
aux enseignants pose d'excellents principes - retour au savoir et à l'autorité
des maîtres - mais le poids de la gestion - la réduction des postes
et donc des horaires - flanque par terre ces beaux principes. Sur l'autonomie
des établissements et la suppression de la carte scolaire, les ambiguïtés
sont immenses. Le
nouveau Président de la République est l'homme de la diversion permanente
: les déclarations tonitruantes, ainsi la proposition de castration chimique
des pédophiles, occultent - mais pour combien de temps ? - les problèmes
aggravés de la vie quotidienne : persistance d'un chômage de masse,
vie chère, remise en cause par les directions des entreprises de la durée
du travail sans contrepartie salariale, ainsi chez Goodyear dans l'Aisne : il
ne s'agit plus de " travailler plus pour gagner plus ", mais pour gagner
la même chose ou, à défaut, voir fermer l'usine. Le processus
insidieux des délocalisations se poursuit - ainsi les stylos Reynolds à
Lyon - et si on peut approuver certaines mesures d'organisation dans le domaine
de l'Université, de la recherche, de l'aéronautique ou de l'énergie
compte tenu des décisions d'ouverture des marchés de l'énergie
prises à Barcelone il y a cinq ans, rien n'indique que nos multinationales
vont cesser d'investir à l'étranger plutôt qu'en France, bien
au contraire. Je ne critique pas l'implantation de Renault à Tanger, encore
que la réduction de la production d'automobiles en France par Renault et
PSA me paraisse très préoccupante : c'est une part essentielle de
notre industrie qui " fout le camp ". Notre épargne n'est pas
canalisée vers l'industrie française. Le rêve sarkozien de
faire de la France un pays de petits propriétaires de leurs logements nous
fait retomber dans un travers historique du capitalisme français, la préférence
pour l'investissement dans la pierre. Cette politique nuira à la mobilité
de la main d'œuvre. Elle est mauvaise. S'agissant enfin des investissements étrangers
en France dont Mme Lagarde se flatte à l'excès, on oublie de dire
que les investissements français à l'étranger sont deux fois
plus importants. Notre épargne fuit. Nous perdons notre substance. Les
pôles de compétitivité sont trop souvent des usines à
gaz. Notre compétitivité se dégrade. Notre commerce extérieur
est déficitaire de 30 milliards d'euros (deux fois plus qu'en 1982), tandis
que l'Allemagne, bien positionnée sur des créneaux porteurs, dégage
un excédent annuel de 160 Milliards d'euros. Quelle Europe sommes-nous
en train de construire sur des bases aussi déséquilibrées
? On me répondra que l'euro le permet - jusqu'à quand ? - mais cette
situation nous empêche aussi de réformer le système de l'euro.
Nous sommes ainsi " au rouet " comme disait Montaigne. Bref, nous sommes
sur un toboggan, prisonniers d'un cercle vicieux, entraînés vers
le déclin, faute d'une volonté politique remettant en cause les
règles du jeu biaisées de la mondialisation et d'une construction
européenne qui la relaye. Le
nouveau Président de la République a de l'énergie à
revendre, mais il risque de s'épuiser dans des effets d'annonce, tandis
que certaines réformes, quelques fois bien inspirées (elle ne le
sont pas toutes) ne porteront leur effet que dans la longue durée (ainsi
le crédit-impôt sur la recherche). Nous sommes des républicains.
Nous avons l'habitude de parler clair. J'ai toujours dit qu'il faudrait juger
Nicolas Sarkozy sur ses actes. Prenons donc de la hauteur pour mieux prendre la
mesure de la réduction de ses marges de manœuvre. Nous verrons mieux ensuite
quelles sont les conditions d'une refondation républicaine de la gauche.
B)
La crise s'approfondit.
Le
capitalisme financier globalisé, qui s'est installé depuis les années
quatre-vingt-dix, nous conduit de bulle financière en bulle financière,
le crédit alimentant la spéculation, sans qu'aucun mécanisme
de régulation interne n'intervienne. La finance est livrée à
elle-même. Les fonds spéculatifs tiennent le haut du pavé.
Les Banques Centrales réagissent au coup par coup, sans vue d'ensemble.
Tout a été sacrifié à la préservation de la
valeur des actifs financiers. L'actionnaire l'a emporté sur le manager.
La recherche de la rentabilité à court terme domine tout. Une intense
pression concurrentielle s'exerce sur les produits comme sur la main d'œuvre.
Les multinationales mettent les territoires en concurrence. Un
modèle asiatique fondé sur l'exportation, des monnaies sous-évaluées
et la limitation de la demande intérieure, a inversé le sens des
mouvements de capitaux entre pays anciennement développés et pays
émergents. Ainsi entre la Chine et les Etats-Unis, qui ont instauré
entre eux un régime de complicité ambiguë. La Chine s'industrialise
aux dépens des Etats-Unis mais ceux-ci achètent en payant en monnaie
de singe, avec des bons du Trésor libellés en dollars. Dans cet
étau, l'Europe souffre. Son tissu industriel s'érode. Comme
je le déclarais Place de la République, le 13 novembre 2006, il
y a moins d'un an : " le marché européen est un ventre mou,
offert à tous les coups, avec des inégalités de salaires
structurelles qui vont de 1 à 20. L'euro cher - 50 % de plus qu'en l'an
2000 - pénalise nos exportations, décourage l'investissement, précipite
les délocalisations. Il n'y a pas de politique de change. Il n'y a plus
de pilote dans l'avion ! (…) Même si ceux qui vivent de la mondialisation
voient leurs revenus, notamment financiers, s'envoler, la France et notamment
le monde du travail souffre : le chômage de masse touche en réalité
trois à quatre millions de personnes. La précarité s'étend.
Il y a 7 millions de travailleurs pauvres. Le pouvoir d'achat des salariés
stagne, voire régresse. Les classes moyennes sont touchées à
leur tour. Les jeunes, y compris les diplômés, vivent un véritable
appauvrissement. L'ascenseur social ne fonctionne plus. L'intégration des
jeunes issus de l'immigration est de plus en plus difficile. La société
française est bloquée (…) Il est temps de réagir L'Europe
avec les peuples peut être en effet la meilleure réponse au piège
qui se resserre si nous en avons la volonté opiniâtre et si nous
savons la faire partager autour de nous. La volonté de la France sera un
encouragement pour tous ceux qui, peu ou prou, partagent la même situation
que la nôtre. (…) Pour faire rebondir la France, il faut réorienter
l'Europe qui pèse sur la plupart de nos choix et remettre en marche le
modèle républicain. (…)D'un autre côté, une concurrence
entièrement faussée offre nos marchés aux produits à
bas prix. Notre tissu industriel se délite sous l'effet des délocalisations.
" Avec
le recul on ne peut pas dire que ce discours n'ait pas trouvé d'écho
dans la campagne présidentielle. Mais où est aujourd'hui le plan
cohérent que je réclamais pour réorienter la construction
européenne, faire rebondir la France et remettre en marche le modèle
républicain ? Il y a un fossé entre les discours et les actes. En
fait, sur le fond, rien n'a changé depuis un an. Au contraire l'horizon
s'est assombri. *
La
crise financière dite des " subprime " illustre les déséquilibres
d'une globalisation qui repose en dernier ressort sur le dynamisme artificiel
de la consommation américaine. C'est
" le système qui marche sur sa tête ", que nous avons maintes
fois dénoncé. Déséquilibre de la consommation par
rapport à l'épargne : les ménages américains sont
poussés à s'endetter par les banques, en particulier dans l'immobilier,
le crédit hypothécaire représente 9000 milliards de dollars
aux Etats-Unis, 80 % de l'endettement des ménages, lui-même égal
au PIB américain. Déséquilibre global de la consommation
américaine et du commerce extérieur : déficit de plus de
700 Milliards par an. Endettement exponentiel de l'Etat vis-à-vis de l'extérieur
(2.500 Milliards de dollars au moins). La
croissance de l'économie mondiale se fait à partir d'un Etat et
d'une population qui ont appris à vivre à crédit et à
s'endetter, au risque de fragiliser l'ensemble de l'économie mondiale Le
système financier est un cheval fou. Les règles de transparence
édictées par la BRI de Bâle sont dépassées.
Ces règles ne s'appliquent aussi bien pas aux fameux " hedge funds
". Les Anglo-Saxons ne veulent pas qu'on réglemente le secteur financier.
De cette opacité résulte une grave crise bancaire. Il
est trop tôt pour évaluer l'ampleur de la crise et ce qui vient déjà
de partir en fumée : non seulement la chute des valeurs immobilières,
mais la baisse substantielle de la capitalisation boursière, avec les conséquences
prévisibles sur la consommation, en Amérique d'abord, mais aussi
en Europe et au Japon. Ce
ralentissement ne peut manquer d'influer sur la croissance chinoise, le cours
des matières premières, à commencer par le pétrole.
C'est une récession qui se profile à l'horizon aux Etats-Unis avec
un PIB qui ne croit plus que de 1,9 %, d'autant que le Federal Reserve Board est
pris dans une énorme contradiction : s'il baisse trop ses taux, il ne corrige
pas le déséquilibre extérieur US et affaiblit le dollar.
Quant à la BCE, elle s'est empêtrée dans un conformisme qui
lui fait privilégier des risques inexistants (l'inflation) par rapport
aux risques réels (le déséquilibre financier et le risque
de récession). Il faut craindre qu'à l'horizon des prochains mois,
elle ne continue à augmenter ses taux. Le
gouvernement de Mme Merkel enfin s'est refusé à intervenir en réunissant
le G7 alors que toute évidence une forte pression politique serait nécessaire
pour assouplir la politique des taux au niveau des banques centrales et pour durcir
les réglementations. Il
y a donc une crise de la volonté politique. En 2007 comme en 2002, le problème
posé par la volatilité des marchés financiers et les fonds
spéculatifs n'a pas été abordé pendant la campagne
présidentielle. La France se provincialise. Elle a désappris à
" penser global ". Nicolas Sarkozy a tiré de son chapeau une
déduction fiscale qui est déjà effacée par la hausse
des taux d'intérêt réels des prêts immobiliers. Ce
sont les Anglo-Saxons qui sont aux manettes. On ne peut guère attendre
d'eux qu'ils prennent l'initiative de contrôler un système financier
qu'ils utilisent pour se refinancer et encore moins un système monétaire
international qui est à leur service. Les Etats-Unis ne sont pas à
la veille de renoncer au privilège du dollar ! Le
Président de la République malgré son volontarisme affiché
ne peut rien sur les taux d'intérêt, rien sur la politique du change.
Il peut parler de préférence communautaire (mais la Commission européenne
- M. Mandelson en l'occurrence - veut utiliser l'OMC pour libéraliser davantage
le commerce extérieur). Il parle de politique industrielle, mais c'est
la Commission, là encore, qui édicte les règles de la concurrence.
Il peut multiplier les exonérations fiscales, mais c'est sous l'œil vigilant
et réprobateur des instances de Bruxelles. Bref, il peut peu, et on doit
s'interroger sur les gages qu'il donne aussi bien à Angela Merkel qu'à
George Bush. C)
Nicolas Sarkozy : des discours aux actes.
La
suractivité médiatique du Président et les succès
qu'il lui arrive de remporter sur certains terrains ne peuvent dissimuler qu'il
reste dans la main des marchés financiers, que sa politique va subir le
contrecoup de la crise immobilière américaine - et maintenant financière
et bancaire - et que pour y répondre il se trouve en butte aux contraintes
européennes, notamment monétaires et commerciales qu'il n'a pas
cherché à lever. Car le traité simplifié dont il se
targue, bien imprudemment, reprend la substance de la Constitution européenne,
plus de 90 % selon M. Giscard d'Estaing. Seul le mot n'y figure pas. Tout le reste
y est, et il n'y a pas de contrepartie négociée, s'agissant notamment
des statuts de la BCE et de la politique économique et monétaire.
Extension
de la majorité qualifiée, rupture de l'égalité France-Allemagne
dans les votes au Conseil, prérogatives accordées au Haut Représentant
de l'Union pour la politique extérieure, alignement de la politique européenne
de défense et de sécurité sur l'OTAN, poids croissant de
la jurisprudence de la Cour de Justice, tout cela limitera encore plus les marges
de manœuvre de la France. Entre le discours de Strasbourg de Nicolas Sarkozy sur
l'Europe et la réalité du traité simplifié, il y a
un gouffre ! 1.
Le recul sur l'Europe Avec
le traité simplifié, Mme Merkel a obtenu gain de cause : une Europe
plus fédéraliste, avec l'extension de la majorité qualifiée
et de la jurisprudence européenne de plus en plus germano-centrée
prête à s'ouvrir davantage encore vers la Turquie. On peut bien sûr
s'interroger : à quoi bon une Europe indépendante, si la France
elle-même revient dans le giron atlantique ? Si la France se dissout dans
la mondialisation, elle peut bien se dissoudre dans l'Europe ! Il est vrai que
ce n'est pas le discours que Nicolas Sarkozy a donné à entendre
pendant la campagne présidentielle. Mais si le vrai discours, c'était
le discours d'avant ? Je veux dire avant qu'Henri Guaino prenne la plume … Sur
le recul européiste de Nicolas Sarkozy, on n'entend guère s'exprimer
le parti socialiste. 2.
L'inflexion atlantiste. La
récente adresse de Nicolas Sarkozy devant les Ambassadeurs manifeste de
même une inflexion atlantiste préoccupante. Le premier défi
de notre politique étrangère, à en croire le Président
de la République, serait celui d'une " confrontation Islam-Occident
". Les responsabilités de la politique américaine au Proche
et au Moyen-Orient sont diluées. C'est une vision " huntingtonienne
" du monde - en terme de conflits de civilisations - qui semble prévaloir
: la volonté de maîtriser les sources d'approvisionnement en pétrole
et l'incapacité à faire prévaloir une solution juste au problème
israélo-palestinien sont passées sous silence. Le temps des choix
difficiles avec la Turquie est repoussé. Il n'est pas question du rôle
de la France comme membre permanent du Conseil de Sécurité des Nations
Unies. L'Europe de la sécurité n'est pas celle de la défense
et celle-ci reste l'apanage de l'OTAN " fondement de la défense collective
et instance de sa mise en œuvre " pour les vingt-et-une nations sur vingt-sept
qui en sont membres, selon le texte de la " Constitution européenne
" dont il faudra voir s'il sera maintenu par la CIG préparant le "
traité simplifié ". Il
est préoccupant que ce soit le Président de la République
française qui évoque un " bombardement de l'Iran ". S'agissant
de l'Irak, la visite de Bernard Kouchner était d'autant plus inopportune
que lui-même a déclaré à son retour ne pas reconnaître
la représentativité du gouvernement de Bagdad. Quelle pantalonnade
! Si on peut approuver une reprise du dialogue avec la Syrie, nécessaire
à la solution des problèmes de la région, on peut quand même
s'inquiéter du manque de volontarisme et des risques de confusion que porte
la parole présidentielle dans cette région du monde. Qu'y a gagné
Nicolas Sarkozy sinon une citation dans la bouche d'Oussama Ben Laden, qui le
met sur le même plan que Bush, Blair et Brown ? L'interprétation
qui s'impose est celle d'un rapprochement avec les Etats-Unis qui friserait l'alignement,
si n'avait pas été mise en avant opportunément l'exigence
d'un calendrier de retrait des troupes américaines d'Irak. L'Union de la
Méditerranée enfin apparaît de plus en plus comme une sorte
de sous-traitance par l'Hyperpuissance des tâches qu'elle ne considère
pas comme prioritaires, pour elle, notamment au Maghreb. Le
rôle dévolu à l'Europe à vingt-sept et au Haut Représentant
de l'Union pour la politique extérieure n'est pas moins inquiétant
: que dira le Haut Représentant si un bombardement de l'Iran, illégal
au regard des règles du Conseil de Sécurité, devait intervenir
? Qu'aurait-il dit à propos de l'invasion de l'Irak en 2003 ? Poser la
question c'est y répondre ! Le droit international comme le droit au développement
sont étrangement absents du discours présidentiel. Or, la France
peut-elle rester une grande puissance écoutée si elle ne s'appuie
pas d'abord sur le droit ? On
a l'impression que la dynamique de l'Hyperpuissance - cette course en avant qui
est à l'origine de la crise financière aussi bien que du bourbier
moyen-oriental - échappe au Président de la République. Prudence
excessive ou aveuglement volontaire, ou encore volonté de rompre avec son
prédécesseur ? Il est sans doute trop tôt pour décider
mais l'impression d'ensemble est bien celle d'un alignement qui serait, à
mon sens, préjudiciable aux intérêts véritables de
la France. Il est vrai que la situation, pour la France, est difficile. La grande
coalition de Mme Merkel penche vers l'Amérique. Mais pourquoi le Président
de la République stigmatise-t-il particulièrement la Russie ? L'Europe
n'a pas intérêt à la jeter dans les bras de l'Asie, de la
Chine, de l'Inde ou de l'Iran. Et pourquoi gaspiller l'avantage moral que nous
a valu la position de Jacques Chirac sur l'Irak en 2003 ? La lecture du monde
que propose Nicolas Sarkozy n'est pas enthousiasmante pour la France. Celle-ci,
en effet, n'a pas intérêt à se confondre avec " l'Occident
", c'est-à-dire les Etats-Unis. Il est souhaitable que l'Occident
reste pluriel. C'est seulement si la France garde une voix distincte qu'il existe
une chance de voir s'affirmer un jour une " Europe européenne ".
Plus que jamais, nous avons besoin d'une " France libre " III
- La gauche doit devenir audible en prenant position sur le fond.
1.
La nécessaire critique du capitalisme globalisé. La
gauche doit offrir une autre perspective. Pour représenter une alternative,
elle ne peut faire l'économie d'une critique du capitalisme globalisé.
Le Président de la République s'est présenté devant
l'université d'été du MEDEF comme un excellent " directeur
des ressources humaines ", capable de mobiliser les talents et les compétences
des socialistes. Il n'y réussirait pas aussi bien si beaucoup de ceux-ci
ne se vivaient pas comme " hors d'eau ", promis à une opposition
de longue durée et si conceptuellement, ils n'avaient pas déjà
acquiescé à l'inéluctabilité de la globalisation libérale.
Naturellement je distingue les membres du PS qui ont porté à leur
camp un coup très rude avant même l'élection législative
en rejoignant le gouvernement Fillon et les autres, en particulier les auteurs
de rapports qui dans certains cas peuvent jouer un rôle utile : je pense
par exemple au rapport d'Hubert Védrine sur la mondialisation et la politique
extérieure de la France. Je constate, cependant, que certains sociaux-libéraux
- ainsi Bernard Kouchner -finissent par avouer qu'ils ne voient plus beaucoup
de différence entre le pareil et le même. Pour retrouver la vue,
il leur faudrait sortir de leur vision, bref fermer la parenthèse libérale
! Le
succès relatif de l'ouverture pratiquée par Nicolas Sarkozy traduit
ainsi la démoralisation de la gauche social-libérale. Bien
entendu cette critique de la globalisation libérale - qui définit
le socialisme - ne suffit pas. Il faut bâtir, à partir de là,
un projet républicain pour la France et bien sûr élaborer
une vision pour l'Europe et le monde, sachant que la réalité ne
correspond jamais spontanément au désir qu'on en a. Mais enfin,
il ne suffit pas pour le PS d'avoir Pascal Lamy à l'OMC et Dominique Strauss-Kahn
au FMI ! On ne peut qu'être inquiet, quand on lit Bernard Poignant qui ne
propose rien moins que de " prendre acte " de la globalisation et préconise
un parti socialiste à l'avant-garde de la ratification du traité
simplifié. Le parti socialiste n'aurait rien à gagner à courir
toujours plus à droite, sous prétexte de rattraper le centre. Il
ferait de plus en plus difficilement entendre sa différence avec la droite.
Sur l'Europe et la politique étrangère le parti socialiste doit
s'exprimer d'une voix distincte. Je
sais bien que Bernard Poignant n'est pas tout le parti socialiste : son expression
reflète le poids en son sein des tendances gestionnaires. Je sais qu'il
y a encore des socialistes qui comprennent ce que signifie la République.
2.
Le test de la réforme constitutionnelle sur le traité simplifié.
Il
dépend du parti socialiste de refuser la réforme constitutionnelle
nécessaire à l'adoption du traité simplifié par la
voie parlementaire. Le parti socialiste ne doit pas régresser par rapport
à la position définie par sa candidate à l'élection
présidentielle. Ce qu'un référendum a rejeté, seul
un autre référendum pourrait le faire accepter. Encore faudrait-il
que le PS accepte de discuter librement. J'espère que les Assises de la
gauche serviront à cela. Pour rebâtir la gauche, on ne peut pas faire
l'impasse sur tout ce qui s'est passé depuis vingt-cinq ans. Ce courage
élémentaire est nécessaire. Mais bien sûr il faut surtout,
à partir de l'analyse du monde globalisé, faire des propositions
tournées vers l'avenir. Conclusion
: le combat du MRC La
République est un combat. La refondation républicaine de la gauche
ne peut se faire que si les objectifs sont clairement fixés, le reste étant
évidemment affaire de moyens et de calendrier. Portons
le débat sur le fond. Evitons les critiques stériles. Il faut dépasser
les querelles personnelles, mettre tout le monde autour de la table, faire des
analyses exigeantes, aussi bien pour le passé que pour l'avenir. La gauche
doit se placer au niveau de l'Etat et pas simplement du point de vue de ses intérêts
partisans. Bernard
Poignant a écrit : " les amis de Jean-Pierre Chevènement n'ont
plus qu'un temps restreint devant eux ". A soixante-huit ans, j'estime avoir
encore quelques belles années pour élaborer avec vous le logiciel
dont la gauche et la France ont besoin et pour préparer les redressements
nécessaires. L'élection de 2012 se prépare dès aujourd'hui
et nous devons être capables, demain comme hier, s'il le faut, de faire
entendre notre voix et de peser, directement ou indirectement entre les candidats
en lice. J'appelle surtout à la tenue d'Assises de toute la gauche dans
les délais les plus rapides. Ensuite il faudra prendre les moyens d'une
vraie refondation, sur des bases républicaines au sein d'une organisation
unique de toute la gauche. Je partage tout à fait l'opinion de Vincent
Peillon : l'organisation d'un Congrès de refondation de toute la gauche
et pas d'un simple Congrès socialiste sera le test d'une vraie volonté
de rénovation. Nous verrons alors si nous en serons ou si nous n'en serons
pas, hypothèse que nous ne saurions exclure. Car le MRC n'est pas prêt
à mettre la clé sous le paillasson et je vous mets en garde contre
les appels du pied démagogiques de certains socialistes qui n'aspirent
à rien d'autre qu'à nous réduire et à nous désarmer.
Si
j'ai décidé de prendre quelque recul avec mon engagement local c'est
pour mieux me recentrer sur l'effort politique national qui reste à accomplir.
Je le ferai avec la Fondation Res Publica sur le plan de la recherche, à
travers un Centre d'Education qui doit irriguer toute la gauche, et bien sûr
avec le MRC. En affirmant son identité, celui-ci doit occuper toute sa
place dans la refondation républicaine de la gauche. Ceux qui, il y a quelques
années, ont voulu nous marginaliser, n'y ont rien gagné. L'intérêt
de la gauche c'est de se réunir, avec toutes ses sensibilités et
dans toutes ses composantes en prenant pleinement en compte l'exigence républicaine.
C'est à ce prix seulement qu'elle pourra constituer une alternative véritable.
Nous pouvons y apporter beaucoup. Un modèle républicain remis en
marche, la citoyenneté et la fraternité retrouvées, une relation
forte avec l'Allemagne mais également avec les autres grands pays européens,
une " Europe européenne ", alliée mais non vassale des
Etats-Unis, la volonté de maintenir ouvert le dialogue des cultures et
de faire progresser ensemble la justice et la paix, un multilatéralisme
équilibré avec les pays émergents qui doivent faire droit
au besoin de leurs peuples pour trouver toute leur place dans un monde plus juste,
une Afrique redressée et dynamisée, son droit au développement
reconnu, voilà un beau projet digne de la France et digne d'une gauche
républicaine authentique ! Bref un projet qui se distingue du projet libéral
et atlantiste. En
tout état de cause, le MRC, à travers toutes les péripéties
à venir, doit savoir préserver son identité, sa mémoire
et sa vision du monde, à vrai dire irremplaçables et bien sûr
ses intérêts locaux essentiels. Comme je vous l'ai dit l'an dernier,
aux Ulis, il y a quelque chose qui est au-dessus de l'intérêt. C'est
l'honneur. Tenons bon, ensemble, camarades citoyens. Pour ce qui me concerne,
ma résolution est totale. Nous avons eu raison de mener tant de combats
! Ils éclairent et éclaireront longtemps l'avenir. Ils porteront
de beaux fruits si nous restons mobilisés au service de la République,
au service de la France.
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