La
réécriture de l'Histoire par Nicolas SARKOZY, parant son "
mini-traité " de toutes les vertus, et vantant son " succès
" à la télévision dimanche 10 février, n'y changera
rien : le vote du Congrès le 4 février dernier constitue une quadruple
violation de la démocratie par une majorité de parlementaires de
droite, avec la complicité d'une majorité de parlementaires du PS. 1/
Parce qu'on ressert à la France un traité qu'elle a démocratiquement
rejeté. Tout le contenu du précédent s'y retrouve même
ce qui a fait le plus polémique en 2005 : la concurrence libre et non faussée
(même si elle est optiquement renvoyée à un protocole additionnel),
la soumission des services publics à cette concurrence, l'indépendance
de la B.C.E., focalisée sur la seule inflation, le suivisme atlantiste
en politique extérieure… 2/
Parce qu'on joue sur le décalage entre le peuple et ses représentants.
En 2005, on pouvait déjà constater, avec inquiétude pour
la démocratie, que 90% des Parlementaires avaient voté la réforme
constitutionnelle, se trouvant ainsi en décalage avec 55% des Français.
Aujourd'hui, on fait de ce décalage un instrument de contournement du suffrage
universel en escamotant le référendum. La non-représentativité
du Parlement, du fait du mode de scrutin majoritaire, n'est plus seulement une
lacune démocratique, c'est un levier de l'oligarchie. 3/
Parce qu'on conforte un système oligarchique à l'échelle
européenne. D'abord la Commission (où la France ne sera vraisemblablement
plus représentée à partir de 2014, rotation oblige), conserve
le monopole absolu de l'initiative des textes. Ensuite, la Cour de justice peut
s'appuyer sur la Charte pour laisser libre cours à sa créativité
judiciaire débordante. Quant au Conseil, les citoyens français y
sont plus mal défendus que jamais, puisque, en même temps que s'étendent
à cinquante et un domaines supplémentaires les votes à la
majorité qualifiée, le système de double majorité
est très défavorable à la France. 4/
Parce qu'on organise la disparition de la souveraineté nationale. 80% des
lois et règlements en vigueur en France sont déjà d'origine
européenne. La primauté du droit communautaire sur le droit national,
y compris du droit dérivé sur la loi, et y compris lorsque la loi
est postérieure, a été usurpée progressivement par
la Cour de Justice, grâce à la faiblesse coupable des juridictions
nationales. On va plus loin désormais : cette primauté est inscrite
dans le traité. Déjà, la doctrine fourmille de débats
pour savoir non pas si, mais quand, et comment, cette primauté du droit
communautaire s'opèrera sur la Constitution française, celle qui
garantit et organise la démocratie dans notre pays. Il
faudrait être aveugle pour ne pas voir que cette quadruple violation procède
de la même intention : faire disparaître la France en tant que démocratie.
Dès 1957, Pierre MENDES-FRANCE nous alertait, et motivait son opposition
au traité de Rome par ces mots : " L'abdication d'une démocratie
peut prendre deux formes, soit elle recourt à une dictature interne par
la remise de tous les pouvoirs à un homme "providentiel", soit
à la délégation de ses pouvoirs à une autorité
extérieure laquelle au nom de la technique exercera en réalité
la puissance politique ". A Gauche, ceux qui détiennent les principaux
leviers se bornent à gloser sur la dérive " bonapartiste "
du pouvoir sarkozien, comme si la France était menacée par la première
forme d'abdication démocratique décrite par MENDES-FRANCE. Mais
en laissant voter la modification constitutionnelle préalable à
la ratification du Traité de Lisbonne, c'est bien à la deuxième
forme d'abdication qu'une majorité de parlementaires PS ont contribué
(comme les " démocrates " du MoDEM, d'ailleurs) ! Il
n'y aura pas d'opposition sérieuse à la politique de Nicolas SARKOZY
qui fasse fi de la " clé de voûte " européenne de
la domination oligarchique. Il n'y aura pas de refondation de la gauche, d'orientations
politiques et économiques nouvelles, de changement réel, sans remise
en cause profonde de la construction européenne telle qu'elle se fait.
Il n'y aura tout simplement plus de démocratie autre que fictive si l'on
accepte le renoncement de la démocratie française et la confiscation
du pouvoir par ces oligarques.
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