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Vers
l’instauration d’un régime présidentiel à la française A)
Quelques constats
Force
est de constater qu’aujourd’hui, la question institutionnelle revêt une
importance majeure au regard de l’évolution politique que le pays a connu
ces 20 dernières années. Il faut reconnaître que les principes
fondamentaux de nos institutions sont gravement mis à l’épreuve
voire dénaturés. Le principe de souveraineté des citoyens
comme fondement de la démocratie est remis en cause, l’exemple du projet
de « traité simplifié » pousse dans ce domaine le trait
jusqu’à la caricature et seul un référendum pourrait défaire
ce qu’un référendum a fait.
L’idéologie du droit à
la différence a également gravement portée atteinte à
la notion de citoyenneté et d’égalité, donc à la loi.
La
question européenne enfin a perturbé ce qui fonde notre philosophie
politique dans la mesure où elle prétend définir ce que peut
être l’intérêt d’un peuple européen qui n’existe pas.
En réalité le peuple européen est une image que l’on agite
pour mieux masquer la toute puissance des marchés financiers qui ne rencontrent
qu’un seul obstacle sur leur route, celui de la souveraineté populaire.
La
loi démocratiquement élaborée est donc de moins en moins
le fondement de notre ordre juridique. L’objectif est simple il s’agit de faire
croire que l’on peut avoir du Droit sans Etat, c'est-à-dire sans le peuple
mais auquel ce droit s’imposerait. C’est déjà le cas avec le
« droit européen dérivé » et la multiplication
d’instances indépendantes qui ne font qu’éloigner sans cesse le
citoyen de la politique et donc vident la souveraineté de sa substance.
Les
diverses cohabitations depuis 1986 ont également gravement affaibli la
nature des Institutions de la 5ème République, ce malaise a aussi
été renforcé par le « bougisme » constitutionnel
qui s’est accéléré depuis 1992 (17 révisions depuis
1958).
L’instauration du quinquennat et surtout la fixation des élections
législatives au lendemain des élections présidentielles ont
introduit un changement qualitatif majeur dans les Institutions. Mais ce changement
n’est pas allé jusqu’à son terme : il n’a fait qu’exaspérer
les rivalités personnelles et les tensions institutionnelles. Le système
médiatique qui pré sélectionne les candidats sur la base
de sondages aléatoires et un bipartisme largement artificiel contribuent
largement à vider de son contenu le débat démocratique. B)
Il est donc nécessaire de rééquilibrer nos Institutions a)
Aller vers un régime présidentiel à la française
Pour
cela il nous paraît nécessaire d’avancer dans les directions suivantes
:
1) En supprimant de fait la responsabilité du gouvernement devant
l’Assemblée Nationale, condition de la revalorisation du rôle du
Parlement. La responsabilité théorique qu’est actuellement celle
du gouvernement devant l’Assemblée Nationale entraîne en réalité
la subordination et la caporalisation de la majorité parlementaire et l’abaissement
du Parlement dans son ensemble, lié à la discipline majoritaire.
Les députés sont dans l’obligation de faire une confiance aveugle
au gouvernement désigné par le Président.
2) Le Président
devient clairement le chef de l’exécutif, même si le Premier ministre
demeure. Il serait ainsi mis fin à la dualité de l’exécutif
et bien sûr à toute possibilité de cohabitation.
3)
Maintien du droit de dissolution pour le Président
4) Maintien du
droit de censure du gouvernement au bénéfice du Parlement
5)
Assorti de la règle explicitement formulée « du retour simultané
devant le Peuple du Président et des députés, soit en cas
de dissolution, soit en cas de renversement du gouvernement ». Il s’agit
d’une dissuasion mutuelle qui aurait un effet « pacifiant » sur les
conflits et favoriserait les compromis entre les deux pouvoirs. En cas de crise
grave c’est le souverain qui trancherait c'est-à-dire le Peuple. Quoi
de plus démocratique ?
6) Le Parlement pourrait pleinement et librement
exercer ses fonctions de législateur et de contrôle par voie de commissions
d’enquêtes.
7) Le Sénat se verrait retirer le droit de véto
en cas de réforme constitutionnelle (art 89) qui ne resterait que de la
prérogative de l’Assemblée Nationale.
8) L’arsenal du parlementarisme
rationalisé serait supprimé : article 49-3, fixation de l’ordre
du jour par le gouvernement…
9) Une dose de proportionnelle pourrait être
introduite dans le mode de scrutin législatif avec des listes nationales
inspirées du modèle allemand « préservant cependant
l’élection des députés dans des circonscriptions, condition
de leur indépendance vis-à-vis des appareils partisans ».
10)
Le Président de la République conserve ses prérogatives en
matière de consultation du peuple français par référendum.
11)
Il faut envisager la possibilité d’organiser un référendum
de type révocatoire, déclenché par le Souverain c'est-à-dire
le peuple, à partir du recueil d’un certain nombre de signatures.
Le
retour au régime parlementaire type 4ème République est incompatible
avec l’élection au suffrage universel du Président de la République.
Et on ne reviendra pas sur cette élection, les Français ne l’admettraient
pas car ils y voient un élargissement de la citoyenneté, en ce qu’elle
institue la responsabilité du chef de l’exécutif devant le peuple.
La logique du quinquennat adopté en septembre 2002 est bien dans l’instauration
d’un véritable régime présidentiel à la française
et d’une séparation des Pouvoirs incités à collaborer et
non pas dans un retour au régime parlementaire qui, bien loin de remettre
le Parlement au cœur de la démocratie, accélèrerait le déclin
de celui-ci. b)
Restaurer le rôle du Parlement mais aussi l’autorité de la loi elle-même. 1)
Mettre un terme aux multiples expérimentations de toute nature qui transforment
la loi en un gigantesque « self service » juridique sous couvert de
« démocratie plurielle, complexe ou multiculturelle ».
2)
La loi doit être simple. Il faut revenir au texte et à l’esprit de
l’article 34 de la Constitution qui réserve au domaine de la loi les règles
essentielles et les principes fondamentaux des domaines qu’il énumère,
le reste relevant du pouvoir réglementaire.
3) Mise en place de
commissions de réformes législatives, essentiellement composées
de parlementaires mais associant des experts reconnus et coordonnées par
l’Office parlementaire d’évaluation de la loi, aujourd’hui sous-utilisé.
4)
Les directives européennes relevant du domaine de la loi au sens de l’article
34 de notre Constitution sont, comme les lois avant application, susceptibles
d’être soumises au contrôle du Conseil constitutionnel. Conclusion
L’instauration
d’un « régime présidentiel à la française »
est inséparable d’un combat visant à redonner un sens à la
politique.
L’Etat républicain doit aujourd’hui être relégitimé.
Il ne peut l’être qu’à travers une profonde réforme (incluant
le cas échéant des délégations de compétences,
par exemple à l’ « Euro groupe » à la condition qu’elles
soient précises, contrôlées démocratiquement et révocable).
Mais c’est toujours le suffrage universel qui doit trancher en dernier ressort.
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