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DUNKERQUE-SAINT
POL SUR MER Par
Sami NAIR
Je
ne veux pas revenir sur l'analyse qui a été faite ce matin sur la
mondialisation mais, de même qu'il n'est pas possible de parler de l'Europe
en mettant entre parenthèses le rôle spécifique qu'y joue
chaque nation, de même est-il impossible de parler de l'Europe sans se rapporter
à la globalisation en cours. Car si l'Europe a une justification historique,
c'est bien celle-ci : répondre aux défis de la mondialisation.
Or
la crise financière de cet été illustre les méfaits
d'une globalisation libérale qui repose essentiellement sur le " court-termisme
", l'absence de régulation macro-économique, l'anarchie des
marchés financiers, la fonction prédatrice de l'économie
américaine. C'est un système aberrant, gros de ruptures violentes
et d'irrationalités économiques. Et en effet, une mondialisation
fondée sur l'idée qu'il faut tout déréguler pour que
ça marche, qu'il faut enrichir les riches pour développer l'économie,
qu'il faut mettre en concurrence tous les systèmes sociaux de la planète,
ne peut que conduire à l'anarchie dominée par le despotisme des
grandes entreprises transnationales, à l'appauvrissement des pauvres, à
l'ajustement par le bas de tous les systèmes sociaux. C'est une spirale
de crises sans fin.
Devant les conséquences sociales du libéralisme
triomphant au 19 siècle, Henrich Heine s'exclamait déjà:
" Nous dansons sur un volcan, et nous dansons ! ". L'éruption
n'avait pas tardé à venir !
La question que les observateurs
sérieux de l'économie mondiale se posent aujourd'hui est de même
nature : à quand l'éruption ?
Je souligne seulement en passant
que cette menace d'explosion est accentuée par la stratégie d'"
exportation du chaos " mise en oeuvre à l'échelle de la planète
par les USA, maîtres de l'empire de la spéculation financière
débridée. Et l'Europe ? On
en parle depuis si longtemps : est-ce donc un concept introuvable ?
Le
fédéralisme, déployé sur fond d'internationalisation
de l'économie depuis le milieu des années trente du 20 siècle,
renforcé par les désastres des guerres intereuropéennes,
jouant aussi le rôle d'idéologie post-nationale conforme aux intérêts
de la démocratie chrétienne européenne et, pour les sociaux
démocrates, de substitut commode à l'internationalisme dévoyé
par l'expérience soviétique, --- ce fédéralisme a
été utilisé par les élites dirigeantes pour dessaisir
les nations de leur souveraineté.
S'il est vrai qu'il rencontrait
un sincère désir de paix des peuples européens, il faut aussi
noter que celui-ci a été largement hypostasié par les élites
dirigeantes européennes en credo essentiellement économiste et,
à partir du début des années 80, en adhésion au libéralisme
conquérant.
Mais l'onde de choc fédéraliste, devenue
élitaire, et dont témoignent à la fois l'Acte unique et le
Traité de Maastricht, a finalement trouvé sur son chemin l'obstacle
des peuples et de la souveraineté populaire.
>> Face à
la mondialisation, l'Europe avait principalement deux voies : Soit la constitution
d'un bloc de nations confédérées et unies sur la base d'un
projet économique et d'objectifs stratégiques communs, Soit un espace
économique large, ouvert à tous les vents de l'économie mondiale,
et exigeant des gouvernements européens des délégations permanentes
de souveraineté sous la férule d'un Conseil d'administration économique
baptisé : " Commission de Bruxelles ".
C'est cette deuxième
voie qui a été suivie : l'Europe est donc devenue, de fait, un relais
de la mondialisation libérale. Pour légitimer la création
de l'euro, on arguait notamment qu'il allait contrer le dollar : le dollar dame
le pion chaque jour à l'euro ! On disait que le marché unique
allait protéger l'Europe et doper la croissance : or, ainsi que le reconnaît
Peter Mandelson lui-même, Commissaire européen au commerce, l'Europe
est ouverte à tous les vents de la concurrence, souvent plus que déloyale,
la croissance est atone, et lechômage tourne autour de 10% en moyenne dans
cette Europe libérale ! Et je pourrai citer d'autres exemples encore… Il
n'est donc pas étonnant que, sur le plan politique, là où
la souveraineté populaire n'a pas encore été totalement confisquée,
l'affaire ne fonctionne pas comme prévu. Au
moins deux événements majeurs son venus souligner, ces dernières
années, que le dessaisissement de souveraineté ne s'opérerait
pas si facilement : d'une part, l'opposition à l'invasion américano-britannique
de l'Irak, et d'autre part les Non français et hollandais au référendum
sur la Constitution européenne en 2005.
L'attitude résolue
de la France et en particulier de Jacques Chirac, soutenu par l'Allemagne de Schröder
et plus loin par la Russie, a traduit un refus de soumission à l'autorité
impériale US, centre névralgique de la mondialisation libérale
; Cet acte symbolique a fait exploser l'unité apparente de l'Europe,
révélant l'inféodation de la plupart des gouvernements européens
à la politique impériale US, et, tout à la fois, l'opposition
résolue de toutes les opinions publiques européennes contre cette
guerre. Ensuite le Non en 2005. Ce n'était pas une petite affaire. Nous
ne reviendrons pas ici sur sa signification ni même sur l'analyse de son
contenu.
Il suffit de souligner sa caractéristique principale :
il était fondamentalement hétérogène, traversé
par des courants alliés dans le refus du texte constitutionnel, mais souvent
opposés dans leurs orientations respectives. Pour faire bref, et en réservant
la possibilité de nuancer plus encore l'analyse, disons qu'il y avait au
moins trois orientations principales :
- un Non de gauche, souvent proeuropéen
quand il n'était pas carrément fédéraliste-social
; - Un Non antieuropéen, quand il ne renouait pas directement avec des
traditions chauvines ; - Un Non républicain, proeuropéen mais
fondé sur une dialectique réaliste des Etats nations et qui rejetait
la Constitution au nom de la nécessaire articulation démocratique
du social et de la souveraineté nationale. Inutile de dire que toutes
ces forces n'ont pu vaincre que parce que, au fond, le peuple français
avait décidé de refuser un texte qui lui paraissait dangereux pour
sa propre identité historique, sociale et politique. Il ne faut jamais
oublier cette détermination populaire : le texte a été rejeté
parce qu'il attentait à une certaine idée du lien national, que
celuici fut perçu au niveau social, culturel, politique ou pour d'autres
raisons encore. C'est
précisément ce point, cette détermination du peuple, ce refus,
qui est aujourd'hui contourné, phagocyté, manipulé, par le
principe même d'un Traité dit simplifié non soumis au vote
du peuple.
Tout se passe comme si l'on assistait, avec ce texte "
modifié " en trompe l'oeil par rapport à la Constitution, à
une offensive surprise de la part des partisans du oui, désavoués
une première fois, de faire quand même adopter par la représentation
nationale l'essentiel de ce qui a été rejeté par référendum.
Il
est vrai que depuis 2005, deux événements majeurs se sont produits
: d'une part, les partisans du Non, en raison même de leur hétérogénéité,
n'ont pas été capables de tirer les bénéfices de la
victoire ; d'autre part, les deux candidats à l'élection présidentielle
étaient des partisans du Oui.
Ce dernier point est important car,
à gauche, il renvoie à une ambiguïté au sein du Parti
socialiste : en fait, il n'y a pas eu de débat sérieux après
le vote de 2005 ; Les partisans du Non ont accepté une synthèse,
au Mans, qui constitue une alliance sans clarification sur la question européenne.
L'objectif de chacun était surtout de se positionner pour les présidentielles.
Ségolène
Royal a affirmé tout au long de la campagne présidentielle qu'elle
voulait une synthèse entre le oui et le non. Et elle a développé
des positions réalistes et de bon sens dans ce domaine. Mais nous devons
à la vérité de dire que le seul document où il y ait
des propositions claires sur cette synthèse, est l'accord signé
avec le MRC pour les présidentielles.
Cet accord dessine pour l'Europe
une autre voie : celle de la réorientation européenne. Au cours
de la campagne, la candidate de la gauche a rappelé ces orientations, même
si nous aurions voulu que ce rappel fût plus offensif. L'essentiel était
cependant préservé.
Prenons maintenant le texte du Traité
simplifié, et voyons ce qu'il en est sur quelques points importants :
1)
Les prétendues avancées par rapport à la Constitution : (retrait
des références constitutionnelles : appellation, lois et lois cadres,
symboles). Le
mot Constitution a certes disparu, mais il est remplacé par un texte qui
affirme :
> La personnalité juridique pour l'Union européenne,
qui n'est plus une Communauté, ce qui lui permet donc de signer des actes
internationaux indépendamment des Etats mais contraignants pour eux
;
>La prééminence du droit européen sur le droit
national, même si l'article sur la primauté du droit européen
est formellement retiré. Le texte du Traité dit ceci, en note 2
de la partie concernant les Dispositions communes : " La Conférence
rappelle que, selon une jurisprudence constante de la Cour de justice de l'UE,
les traités et le droit adopté par l'Union sur la base des traités
priment le droit des Etats membres, dans les conditions définies par ladite
jurisprudence ".( page16).
Donc, on réintroduit par la fenêtre
ce que le peuple a fait sortir par la porte.
2) Sur les institutions
européennes
> La Commission : rien n'est changé
; la France a déjà perdu un commissaire sur deux et n'en aura probablement
plus à partir de 2014, en raison du système de rotation. En plus,
la commission continue d'avoir le monopole absolu du droit d'initiative.
>
Nombre des députés au Parlement européen : la rupture
de la parité au profit de l'Allemagne consentie dans le Traité de
Nice est maintenue : 99 pour l'Allemagne, 77 pour la France, alors qu'il y avait
égalité. La France avait accepté semble-t-il cette rupture
pour sauvegarder la parité dans les votes au Conseil.
> Sur
le système de vote au Conseil. On s'aperçoit que cette parité
saute : dans la Constitution et dans le Traité modifié, la France
abandonne cette dernière position : en effet, si dans le Traité
de Nice, la France et l'Allemagne disposaient de 9% des voix chacune ; dans la
Constitution comme dans le Traité institutionnel, la France ne dispose
plus que de 8,5% des voix tandis que l'Allemagne grimpe à 11% des voix
en raison de l'adoption de la double règle de majorité (pondération
démographique plus nombre d'Etats, soit 65% de la population, 55% des Etats),
ce qui déséquilibre de façon très significative le
couple franco-allemand.
L'Allemagne peut désormais plus facilement
que la France obtenir une minorité de blocage dans les votes au Conseil:
il lui suffirait, comme le souligne JPC dans La faute de M. Monnet, d'ajouter
75 millions d'habitants répartis dans 3 Etats différents alors que
la France en nécessiterait 95 millions.
C'est là une source
de crises entre les deux piliers de la construction européenne, sachant
surtout les liens structurels d'interdépendance entre l'Allemagne et certains
pays de l'Est. Certes, comme le souligne encore JPC dans son livre, on pourrait
dans l'absolu accepter le critère démographique qui sert de base
à cette inversion des rapports, mais il faudrait alors qu'il soit compensé
par exemple par l'engagement, de la part de l'Allemagne, de mettre en place un
gouvernement économique pour la zone euro : or nos amis allemands ne veulent
pas en entendre parler…
> Sur le périmètre du vote
à la majorité qualifiée : On nous dit qu'il y a extension
de ce vote à 51 domaines supplémentaires, dont : la coopération
judiciaire et policière (sauf pour le Royaume Uni), l'éducation,
la politique économique (sans autre précision) etc. Ce n'est pas
rien ! J'ai essayé d'obtenir des informations sur ces 51 nouveaux domaines,
mais la réponse des autorités européennes est invariable
: ils sont encore en négociation. Nous verrons donc en octobre prochain
à quelles matières précisément sera étendue
cette majorité qualifiée.
L'unanimité restera, certes,
la règle pour la politique étrangère, la sécurité
sociale, la fiscalité et la culture. Mais je le rappelle : la majorité
qualifiée sera basée sur le principe de la double majorité
: 55% des Etats membres représentant 65% de la population européenne.
La Pologne a nuancé ce principe en obtenant que le système n'entre
en vigueur qu'en 2014 au lieu de 2009 et que jusqu'en 2017, selon le compromis
de Ioannina (qui permet à un groupe d'Etats proches de la minorité
de blocage, sans l'atteindre, de demander un nouvel examen), un Etat-membre peut
demander le réexamen d'une décision adoptée à la majorité
qualifiée au Conseil. La
Pologne, et c'est le seul pays à le faire, demande d'ailleurs l'intégration
de cette procédure au corps même du texte du traité simplifié,
alors que pour l'instant, cette procédure est simplement une annexe.
>
Sur le renforcement des compétences nationales par l'extension des droits
d'information des parlements nationaux, surtout sur le principe de subsidiarité
: grande innovation : au lieu d'avoir six semaines pour donner un avis motivé,
les parlements auront…huit semaines !
Et s'il y a conflit sur un acte législatif,
une procédure compliquée est prévue, qui ne défavorise
nullement, en dernier recours, la Commission.
Sur ce point, en rendant
compte du Traité adopté, Monsieur Junker, Président de l'Eurogroupe,
a été très clair :" les droits des parlements nationaux,
a-t-il dit, seront renforcés sans qu'un groupe de parlements n'ait le droit
de brandir un " carton rouge " mettant fin à la procédure
législative ".
Au total, la logique qui prévaut dans
le domaine institutionnel est celle à la fois d'un renforcement indéniable
du modèle fédéraliste et d'un affaiblissement inéluctable
du poids et du rôle de la France, surtout, soit dit en passant, au profit
de l'Allemagne. Ceci n'est pas un jugement de valeur, mais un fait empirique objectivement
démontrable.
3)
Sur la Charte des droits fondamentaux : Bien qu'elle ne figurera pas dans
les traités, le mandat donné à la CIG précise que
" l'article sur les droits fondamentaux contiendra une mention de la Charte
des droits fondamentaux … à laquelle il conférera une valeur juridiquement
contraignante et dont il définira le champ d'application ". Cela signifie
que la Cour de justice européenne acquiert des compétences nouvelles
en matière de jurisprudence par une référence à cette
Charte, ce qui lui permet de motiver ses décisions. La juridicisation de
l'espace européen va avancer à grands pas, sachant que la Cour de
Justice européenne est le principal vecteur de fédéralisation
de la loi européenne.
4) Sur la suppression de la " concurrence
libre et non faussée " des objectifs de l'Union. L'article 3 sur
" la concurrence libre et non faussée " a en effet été
formellement retiré, mais une lecture attentive du texte vous fait découvrir
le passage suivant, dissimulé dans l'Annexe 1 sur les dispositions communes,
note 16 intitulée :
" Protocole sur le marché intérieur
et la concurrence : les hautes parties contractantes, compte tenu du fait que
le marché intérieur tel qu'il est défini à l'article
3 du traité sur l'Union européenne comprend un système garantissant
que la concurrence n'est pas faussée, sont convenues que : à cet
effet, l'Union prend, si nécessaire, des mesures dans le cadre des dispositions
des traités, notamment l'article 308 du traité sur le fonctionnement
de l'Union ".(page 24, mandat CIG juillet 2007).
L'article 308 du
Traité de Nice (baptisé Traité sur le fonctionnement de l'Union)
concerne le processus décisionnel : cet article précise que : "
Le Conseil, statuant à l'unanimité sur proposition de la Commission
et après consultation du Parlement européen, prend les dispositions
appropriées ".
Comment faut-il comprendre cette formulation,
sinon comme une possibilité pour que ce principe de l'ultralibéralisme
puisse aussi devenir la règle dés lors qu'il y a accord entre les
membres du Conseil ?
On voit d'ailleurs là toute la stratégie
rhétorique adoptée par les rédacteurs du projet de Traité
institutionnel : on retire du texte ce qui choque, ou qui a été
mis en accusation dans le débat référendaire, mais on le
replace, souvent sous une autre formulation, ailleurs, si possible en annexe ou
note en bas de page. Ou encore : lorsqu'il s'agit de respecter la souveraineté
des nations, les rédacteurs introduisent des formules qui la brident ;
lorsqu'il s'agit d'étendre des prérogatives importantes pour la
Commission, les rédacteurs s'arrangent pour les dissimuler dans les détails
!
En tous cas, si la concurrence libre n'est plus un objectif, c'est bien
un " instrument ", comme l'a souligné le Président de
l'Eurogroupe, Jean- Claude Junker le 26 juin 2007. Et vous jugerez par vous-mêmes
de ce que peut donner la dialectique des fins et des moyens dans l'Europe libérale
!
5) Le retrait de la partie III sur les politiques économiques
de l'UE :
On ne sait pas encore où cette partie va être
replacée. Il faudra sur ce point être très attentif aux matières
qui vont être soumises à la nouvelle majorité qualifiée,
car on risque de retrouver cette troisième partie en tranches, éparpillée
ça et là.
6) Sur les coopérations renforcées,
principal instrument d'une construction réaliste
et pragmatique de l'Europe :On les rend plus difficiles ! On pouvait
les entreprendre à huit pays, ce qui était déjà quasiment
impossible, sans compter qu'il fallait qu'elles soient consenties par les non
participants, il faut désormais être 9, ce qui les rend à
peu prés chimériques…
7) Sur la PESC : On refuse
le titre de ministre des AE, mais on nomme un Haut Représentant de l'Union
pour la politique étrangère et de sécurité, qui sera
également Vice-président de la Commission européenne et aura
le droit de proposition au conseil " Relations extérieures ". On
institue un service diplomatique commun à 27, (quelle sera sa langue de
travail ?) dont on peut se demander ce qu'il fera dés lors qu'il n'y a
pas d'accord sur les objectifs.
8) Sur la défense : On
ne change rien,--- cela signifie-t-il qu'on maintient le dispositif prévu
par le projet de Constitution, et surtout l'article I 41, paragraphe 7, qui place
l'Europe à la remorque de l'OTAN ( donc des Etats-Unis )?
D'autres
réformes sont prévues :
- nomination d'un président
de Conseil européen pour deux ans et demi renouvelable une fois ; -
réduction du nombre de Commissaires à partir de 2014 (18 commissaires)
; - réduction du nombre de parlementaires européens (on passera
de 785 à 750), etc. - Enfin, on élargit les pouvoirs du PE, grâce
au développement des champs politiques dans lesquels Parlement et Conseil
des ministres prennent des décisions communes. è Toutes ces mesures
ne sont en fait que des reprises, allégées ou alourdies, du texte
constitutionnel. En
revanche, Nicolas Sarkozy n'a rien obtenu en ce qui concerne la BCE, la politique
industrielle (il ne peut même pas obtenir de madame Merkel une réunion
du G7 en pleine crise financière), rien obtenu non plus pour la préférence
communautaire, etc.
On doit se poser, au final, la question suivante :
quelle est l'orientation centrale de toutes ces décisions ? La réponse
est d'une évidence aveuglante : c'est la poursuite inexorable de la logique
fédéraliste et libérale à travers le texte institutionnel.
La
" substance du Traité constitutionnel reste ", se vante Jean
Claude Junker, mais c'est encore Giscard d'Estaing qui a le mieux résumé
la situation dans son intervention, le 17 juillet, devant la Commission des affaires
constitutionnelles du PE. Il affirme goulûment que :
" En termes
de contenu, les propositions demeurent largement inchangées, elles sont
justes présentées de façon différente…La raison, ajoute-t-il,
est que le nouveau texte ne devait pas trop ressembler au Traité constitutionnel.
Les gouvernements européens se sont ainsi mis d'accord sur des changements
cosmétiques à la Constitution pour qu'elle soit plus facile à
avaler. "
Orgueil paternel mis à part, Giscard ne se trompe
pas.
Face à cela, que faire ?
A mon avis, si l'on
veut être logique avec le vote du 29 mai 2005, et au nom même d'une
autre conception de l'Europe, celle d'un modèle social fort, d'une union
de nations responsables, du respect de la volonté populaire, on doit s'opposer
à ce Traité institutionnel, qui reprend la substance de la Constitution.
Ce
texte doit être rejeté pour une raison de forme et plusieurs raisons
de fond :
> Raison de forme : Un texte qui a été
soumis au référendum et qui revient, même baptisé autrement,
ne peut être adopté que par référendum, car il engage
la souveraineté nationale, et implique donc la sanction de la volonté
populaire.
Je rappelle en outre que la Constitution française a
déjà été modifiée pour accueillir la Constitution
européenne : que valent ces modifications après le référendum
qui les a désavouées ?
Il faut qu'à l'occasion du
débat parlementaire sur le Traité institutionnel, les partis de
gauche demandent non seulement le retrait de ces modifications mais aussi fassent
acter que toute nouvelle modification de la Constitution française pour
cause d'adaptation au Traité institutionnel européen et qui engage
la souveraineté nationale, soit soumise au référendum.
J'ajoute
que la France, en refusant d'emblée aujourd'hui le référendum,
se prive, dans l'actuelle négociation, d'un argument essentiel face au
reste des européens. Pourquoi d'ailleurs se prive-t-elle de cette arme
?
Est-ce pour mieux capituler sur les matières qui seront soumises
à la majorité qualifiée ? Je rappelle que Ségolène
Royal s'était engagée au cours de la campagne présidentielle
à organiser un référendum sur l'adoption de ce texte.
Le
parti socialiste doit clarifier sa position sur ce point.
Il faut exiger
que ce texte soit soumis à référendum.
> Raisons
de fond : Elles sont nombreuses et j'en ai souligné la plupart au
cours de cette analyse. Il suffit de rappeler ici la raison la plus importante
: le Traité institutionnel n'est pas à la hauteur des défis
auxquels sont confrontés les peuples européens aujourd'hui. En réalité,
ce dont nous avons besoin pour construire réellement une Europe forte et
unie sur l'essentiel, c'est d'un texte qui définisse les règles
de fonctionnement de l'ensemble européen dans le cadre d'objectifs stratégiques
en termes de projet de civilisation.
Or ce texte : - Ne met pas l'Europe
au service de l'emploi et de la croissance concertée ; - Il ne propose
pas de gouvernement économique de la zone euro, alors même que des
voix s'élèvent, y compris dans les milieux financiers les plus en
vue, pour demander une régulation de l'euro ( voir la déclaration
de Georges Pauget, directeur du Crédit agricole, dans Les Echos du 31-O8-O7). -
Il ne cherche nullement à créer les conditions d'une réforme
des statuts de la Banque centrale pour inscrire dans ses missions la croissance
et l'emploi ; - Il ne propose rien en matière de recherche et d'innovation
; - Il ne propose rien en matière de tarif extérieur, laissant
au contraire la porte grande ouverte au dumping social : voici ce qu'a dit sur
ce point, à l'Université d'été du Medef il y a quelque
jours, Monsieur Peter Mandelson, à qui l'on reprochait l'ouverture débridée
du marché européen : " Je cherche une réciprocité
constructive, pas une politique qui dresse des obstacles contre d'autres obstacles
". C'est clair. - Ce texte modifié ne crée aucun nouvel
équilibre avec le pouvoir de la Commission de Bruxelles qui, par la sacralisation
de la politique de concurrence et le corset du pacte de stabilité, a sombré
dans un ultralibéralisme fondamentaliste ; - Il ne définit aucune
norme en matière de convergences fiscales et sociales ; - Il ne permet
pas un bon fonctionnement des coopérations renforcées; - Il fait
l'impasse sur la solidarité avec les pays du Sud - Il ne postule aucune
stratégie de défense centrée sur le renforcement de l'indépendance
européenne, la laissant, comme aujourd'hui, à la remorque des USA. è
En somme, il ne répond ni au projet de construction d'une Europe européenne
indépendante et porteuse d'un modèle social fort, ni aux dérives
de la mondialisation libérale.
C'est un mauvais texte de compromis
pour continuer à construire l'Europe libérale et fédérale
dans le dos des peuples !
Absence de volonté politique, fondamentalisme
libéral, soumission des sociétés aux mécanismes aveugles
du marché, absence de projet social mais fédéralisme accentué
pour aligner plus encore les modèles sociaux par le bas : comment pourrait-on
accepter ce Traité institutionnel ?
Au Parlement, les partis de
gauche doivent affirmer leur refus de cette manipulation de la souveraineté
populaire.
55% des français ont dit Non à la Constitution
européenne.
Ils prendront une grande responsabilité ceux
qui, en montant dans le carrosse du Traité institutionnel, voudront, comme
s'en réjouit déjà Valéry Giscard d'Estaing, leur faire
" avaler " une Constitution maquillée.
Parce que ce texte
engage la démocratie, la souveraineté populaire et l'avenir de la
nation, il faut exiger qu'il soit soumis à référendum ! |