Les
raisons de refuser ce traité sont nombreuses mais je n’en citerai que quelques
unes qui me paraissent fondamentales. Il
y a tout d’abord une question de morale et de conviction personnelle. Depuis Maastricht,
je me suis toujours opposé aux différents textes qui furent présentés
aux suffrages des Français. Certainement pas, par opposition à la
fraternité des nations entre elles et aux projets qu’elles peuvent mener
ensemble, mais justement parce que je considère que ce n’est pas en dépossédant
les peuples de leur souveraineté et donc de leur liberté que nous
ferons progresser la Démocratie. Or, aujourd’hui, je constate que l’Union
Européenne est incapable de transformer en pouvoir démocratique,
les transferts de souveraineté que consentent à faire les États
membres. Cette machine à défaire de la démocratie au profit
d’un pouvoir technocratique, certes compétent, mais détaché
de la légitimité populaire ne mène qu’à une impasse
politique. La
situation de l’euro en est la caricature. Sans contrôle politique, voilà
une monnaie qui met en évidence les très fortes distorsions qui
existent au sein des différentes économies européennes. Certes,
la France a des faiblesses, mais elle a aussi des atouts. Un euro à 1,50
dollar est un boulet, pas seulement pour la France dont le tissu économique,
et l’histoire économique et sociale ne sont pas ceux de l’Allemagne. La
crise financière qui secoue actuellement les places boursières ainsi
que l’attitude de la Banque Centrale Européenne, illustrent hélas
cet état de fait. Ensuite,
je me suis battu avec le MRC, aux côtés de Georges SARRE et Jean-Pierre
CHEVENEMENT pour la victoire du NON le 29 mai 2005. Je ne vois donc pas pourquoi
je changerai de point de vue aujourd’hui. « Mini traité » ou
« traité simplifié » me dit-on. Allons ! Qui peut croire
pareil mensonge. La quasi intégralité du Traité Constitutionnel
Européen se retrouve dans celui de Lisbonne. De l’aveu même de Valéry
Giscard d’Estaing qui est venu le dire devant les députés à
l’Assemblée Nationale le 16 janvier dernier. Tout y est ; sous forme d’amendements,
d’annexes ou de renvois aux textes déjà existants. C’est en réalité
d’une Maxi Traîtrise dont il s’agit. L’argumentation
de Nicolas SARKOZY ne tient pas une seule seconde à un examen critique
digne de ce nom. Il nous avait dit qu’il ferait voter par voie parlementaire le
« traité simplifié », mais de qui se moque t’on ? Ce
texte illisible est indigeste (256 pages) ensuite comment accepter de renoncer
à un référendum sur un texte qui n’existait même pas
au moment où la promesse fut faite. Autrement dit, il disait aux Français
: « faites moi confiance, faites moi un chèque en blanc, j’ai entendu
votre message du 29 mai, je saurai respecter votre vote ». Et bien, cela
est faux et Nicolas SARKOZY a menti. En aucun cas nous n’avons à nous sentir
tenu par cet engagement de campagne, car seul ce qu’un référendum
a fait, un référendum peut le défaire. De plus accepter ce
genre d’argument c’est en réalité renoncer à l’idée
même de s’opposer à la politique de Nicolas SARKOZY. Si certains
renoncent et surtout à gauche, en ce qui me concerne ainsi que mes amis
du MRC, ce n’est pas le genre de la maison. Il
convient donc de respecter la volonté du Souverain, c’est à dire
du Peuple. Il ne s’agit pas d’un simple « règlement intérieur
» pour faciliter le fonctionnement des Institutions européennes,
car toutes les objections que nous pouvions faire à la Constitution Européenne,
nous pouvons les faire au traité de Lisbonne. A celles et ceux qui pourraient
me considérer comme archaïque, pour lesquels la souveraineté
populaire ne compte pas, je pose simplement deux questions : si ce n’est pas le
Peuple qui est le Souverain, alors qui l’est ? Et si le Peuple n’est pas le souverain,
peut on se considérer comme des femmes et des hommes libres ? Or
la Gauche, ou en tout cas une partie d’entre elle, n’a rien à gagner à
poursuivre le mélange des genres et à s’allier avec les forces les
plus libérales, qui voient dans la construction européenne actuelle
leur triomphe idéologique. Tout
comme je me suis opposé le 15 janvier à la révision de l’article
15 de la Constitution, je m’opposerai le 04 février prochain à la
réforme de notre loi fondamentale. De même à l’Assemblée
Nationale je voterai contre la ratification du Traité de Lisbonne.
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Assemblée nationale
: intervention de Christian Hutin sur le traité de Lisbonne Christian
Hutin est député Apparenté Socialiste, radical, citoyen et
divers gauche (12è circonscription du Nord), membre du MRC
Modification
de l'article 15 de la Constitution en vue de la ratification du Traité
de Lisbonne M.
le Président La parole est à Monsieur Christian Hutin M.
Christian Hutin Permettez moi d'abord, Monsieur le Président, Madame
la Ministre, Monsieur le Ministre, de recourir nuitamment à une citation
latine, comme l'a fait cet après-midi un de nos collègues, certes
plus éminent, plus ancien et plus expérimenté. « Primum
non nocere », d'abord ne pas nuire, nous recommande le serment d'Hippocrate.
A l'examen, ce texte révèle un certain nombre de nuisances,
qu'un parlementaire a l'obligation morale et politique d'éviter, par respect
de la démocratie, et même de la République. Personnellement,
je ne me reconnais pas le droit, ni même la légitimité, de
revenir sur ce que le peuple souverain a décidé. M.
Patrick Roy Très bien !
M.
Christian Hutin « La souveraineté des citoyens composant la société
politique est plus importante que celle de ses représentants » a
dit le gaulliste René Capitant, bien avant le référendum
du 28 avril 1969. M.
Lionel Luca Le référendum a eu lieu le dimanche 27 ! M.
Christian Hutin Pardonnez-moi : je suis encore un jeune député
novice (Sourires). Le 28 avril, donc, après le rejet du référendum
par le peuple français, démission du général. Le 29
mai 2005, rejet par le peuple français d'un autre référendum.
Les suites données à ces deux rejets sont, vous en conviendrez,
très différentes : d'un côté, une démission,
un départ auquel certains trouvent de la grandeur. M.
Lionel Luca Un départ sans obligation ! M.
Christian Hutin En effet. De l'autre côté, un déni de
démocratie. Il y a un gouffre entre ces deux réactions. Le référendum,
c'est une question de confiance posée au peuple français. C'était
dans l'esprit de la Ve République : referre rem ad aliquem, s'en remettre
au jugement de quelqu'un. Dans la confiance, il y a l'assurance, qui est une
forme de certitude. En l'espèce, l'assurance du peuple souverain qui a
décidé n'est pas respectée. Parmi les synonymes de «
confiance », on compte aussi « crédulité ». Or,
c'est précisément de l'incrédulité que suscite ce
qui se passe aujourd'hui dans notre hémicycle. Je souhaite bon courage
à tous ceux qui pousseront les citoyens à aller voter, à
faire leur devoir civique lors du prochain référendum ! Il va vraiment
falloir les bousculer. « Il faut qu'il existe un Parlement destiné
à représenter la politique de la nation, à voter des lois,
à contrôler l'exécutif sans se permettre de sortir de son
rôle ». Ces mots ont été prononcés par Charles
de Gaulle le 4 septembre 1958. Or, ici, nous sortons de notre rôle. M.
Lionel Luca Il n'y a plus que les socialistes qui citent de Gaulle ! M.
Christian Hutin Je ne suis pas socialiste ! Le Président de la République
a cité Jaurès. Je peux le faire aussi : « Toute notre histoire
proteste aujourd'hui ». Pour ma part, je le rappelle : Primum non nocere.
Le seul député du Mouvement républicain et citoyen de Jean-Pierre
Chevènement présent dans l'hémicycle ne votera pas ce projet
de loi (Applaudissements sur les bancs du groupe de la Gauche démocrate
et républicaine et sur quelques bancs du groupe socialiste, radical, citoyen
et divers gauche). Source
: Assemblée nationale Voir la fiche de Christian Hutin sur le site
de l'Assemblée nationale
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