Les Civilisations Occidentales,
Une Histoire en Quête d'Avenir
(Economica)
La crise actuelle est celle de l’Occident confronté désormais à l’humanité tout entière, les paravents idéologiques ayant disparu avec le mur de Berlin. Au-delà de ses dimensions boursière, financière, économique, son essence est culturelle, révélant, catalysant et accélérant le choc de toutes les civilisations, qui se retrouvent dans un seul champ clos, celui de l’économie-monde et du village planétaire.
L’Occident s’enracine dans une extrémité de l’Europe, traversée de la mer du Nord à l’Adriatique par la frontière linguistique séparant Latins et Germains. Or, les langues fondent les civilisations. Car, la langue dans laquelle il pense et rêve libère l’homme tout en l’enfermant. Elle le libère parce qu’elle lui permet non seulement d’échanger, mais aussi de nommer, et de préciser sa pensée. Elle l’enferme parce qu’elle a déjà une longue histoire quand, à sa naissance, il en hérite. Mais elle constitue le terreau intellectuel commun de ceux qui la partagent. À partir d’elle, se conçoit une même manière de
percevoir le monde et la société, à travers le même champ lexical et les mêmes formes grammaticales. Toutefois, si elle ne se confronte pas aux autres langues, elle est mena cée
de blocage conceptuel.
Latines ou germaniques, les langues d’Occident appartiennent à la famille indoeuropéenne.
Georges Dumézil a montré que les Indo-européens, avant leur entrée dans l’histoire, partageaient une même conception de la société, répartissant les activités humaines entre éthique, politique et économique, le lien pouvant être assuré par le *Reg. En grec, en slave ou en iranien, cette racine ne renvoie à aucune institution. En revanche, elle a donné le Rex latin, le Reich et le Recht allemands, le right et le realm anglais. Individu ou collectif, le Rex est contingent. À l’inverse, les termes germaniques dérivés expriment des immanences. Cette différence irréductible sépare Latins et Germains. Dans les temps historiques, comme la grammaire et le vocabulaire, la conception primordiale subsiste, tout en se transformant et en s’adaptant.
Vers l’An mil, la tension créée par l’illusion d’une unique civilisation chrétienne provoqua un big-bang. Après la séparation des Grecs, Latins et Germains se sont progressivement mis à chercher séparément leurs fondamentaux. Mais Rome a enseigné l’État aux Germains pour pallier les déficiences de la spontanéité de la société civile et du marché. Mais la Germanie a apporté aux Latins le mandat représentatif, qui avait manqué à la République romaine. Cette intrication conflictuelle est dite civilisation occidentale.
Ses effets se sont répandus sur le continent entier, puis aux Amériques, pour finir par englober la planète dans sa totalité, permettant malgré les guerres et les inégalités, à l’humanité d’être plus nombreuse que jamais, et à chacun d’espérer vivre plus longtemps que ses ancêtres.
Cependant, avec la fin des idéologies, la lumière fossile du big-bang revient en Europe. Elle a disloqué la Yougoslavie. Elle mine la Belgique. L’Allemagne, sous le patronage d’Angela Merkel, commémore le bimillénaire de la bataille de Teutobourg, le 9 septembre 2009. Elle hante la construction européenne qui, depuis vingt ans, ne surmonte cet obstacle que par une continuelle fuite en avant. Pourtant, l’Occident repose sur ce choc fécond entre Rome et la Germanie. À vouloir le nier, l’Europe s’engage dans une impasse dangereuse. Elle prive la planète d’un moteur performant. Elle se rend impuissante.
Quel est le carburant de ce moteur à antagonisme des civilisations occidentales ? Quelles en sont les pièces ? Ce livre cherche à répondre à ces questions.
Une Histoire en Quête d'Avenir
(Economica)
La crise actuelle est celle de l’Occident confronté désormais à l’humanité tout entière, les paravents idéologiques ayant disparu avec le mur de Berlin. Au-delà de ses dimensions boursière, financière, économique, son essence est culturelle, révélant, catalysant et accélérant le choc de toutes les civilisations, qui se retrouvent dans un seul champ clos, celui de l’économie-monde et du village planétaire.
L’Occident s’enracine dans une extrémité de l’Europe, traversée de la mer du Nord à l’Adriatique par la frontière linguistique séparant Latins et Germains. Or, les langues fondent les civilisations. Car, la langue dans laquelle il pense et rêve libère l’homme tout en l’enfermant. Elle le libère parce qu’elle lui permet non seulement d’échanger, mais aussi de nommer, et de préciser sa pensée. Elle l’enferme parce qu’elle a déjà une longue histoire quand, à sa naissance, il en hérite. Mais elle constitue le terreau intellectuel commun de ceux qui la partagent. À partir d’elle, se conçoit une même manière de
percevoir le monde et la société, à travers le même champ lexical et les mêmes formes grammaticales. Toutefois, si elle ne se confronte pas aux autres langues, elle est mena cée
de blocage conceptuel.
Latines ou germaniques, les langues d’Occident appartiennent à la famille indoeuropéenne.
Georges Dumézil a montré que les Indo-européens, avant leur entrée dans l’histoire, partageaient une même conception de la société, répartissant les activités humaines entre éthique, politique et économique, le lien pouvant être assuré par le *Reg. En grec, en slave ou en iranien, cette racine ne renvoie à aucune institution. En revanche, elle a donné le Rex latin, le Reich et le Recht allemands, le right et le realm anglais. Individu ou collectif, le Rex est contingent. À l’inverse, les termes germaniques dérivés expriment des immanences. Cette différence irréductible sépare Latins et Germains. Dans les temps historiques, comme la grammaire et le vocabulaire, la conception primordiale subsiste, tout en se transformant et en s’adaptant.
Vers l’An mil, la tension créée par l’illusion d’une unique civilisation chrétienne provoqua un big-bang. Après la séparation des Grecs, Latins et Germains se sont progressivement mis à chercher séparément leurs fondamentaux. Mais Rome a enseigné l’État aux Germains pour pallier les déficiences de la spontanéité de la société civile et du marché. Mais la Germanie a apporté aux Latins le mandat représentatif, qui avait manqué à la République romaine. Cette intrication conflictuelle est dite civilisation occidentale.
Ses effets se sont répandus sur le continent entier, puis aux Amériques, pour finir par englober la planète dans sa totalité, permettant malgré les guerres et les inégalités, à l’humanité d’être plus nombreuse que jamais, et à chacun d’espérer vivre plus longtemps que ses ancêtres.
Cependant, avec la fin des idéologies, la lumière fossile du big-bang revient en Europe. Elle a disloqué la Yougoslavie. Elle mine la Belgique. L’Allemagne, sous le patronage d’Angela Merkel, commémore le bimillénaire de la bataille de Teutobourg, le 9 septembre 2009. Elle hante la construction européenne qui, depuis vingt ans, ne surmonte cet obstacle que par une continuelle fuite en avant. Pourtant, l’Occident repose sur ce choc fécond entre Rome et la Germanie. À vouloir le nier, l’Europe s’engage dans une impasse dangereuse. Elle prive la planète d’un moteur performant. Elle se rend impuissante.
Quel est le carburant de ce moteur à antagonisme des civilisations occidentales ? Quelles en sont les pièces ? Ce livre cherche à répondre à ces questions.
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