Texte
d'orientation soumis par Jean-Pierre Chevènement à la réflexion
du Conseil National du MRC, dimanche 6 avril 2008. La
France a cru trouver en M. Sarkozy sinon un sauveur du moins un Président
réformateur capable de limiter la casse face aux dégâts de
la mondialisation. Elle découvre aujourd'hui non sans effroi l'impasse
dans laquelle l'a entraînée son élection. I
- Un tsunami barre l'horizon
1)
De sombres craquements se font entendre de toutes parts : entrée en récession
de l'économie américaine, euro à plus de 1,50 dollar, pétrole
dépassant les cent dollars le baril, faillite et renflouement par des fonds
souverains étrangers ou directement par la puissance publique, d'institutions
financières prestigieuses : le fond Carlyle et les banques Citigroup, Merill
Lynch et Bear Stearns aux Etats-Unis, Northern Rock en Grande-Bretagne. C'est
tout le système financier mondial miné par un endettement aussi
gigantesque qu'inconsidéré qui découvre sa fragilité.
2)
Les prévisions de croissance en Europe et en France doivent être
précipitamment revues à la baisse. Le candidat Sarkozy se flattait
de ramener " avec les dents " un point de croissance supplémentaire.
C'est avec, au mieux, un point de croissance en moins que le nouveau Président
de la République va devoir compter. Loin de remettre en cause les contraintes
européennes, M.Sarkozy a négocié sans aucune contrepartie
et fait adopter, en catimini, un traité de Lisbonne qui reprend la substance
de la Constitution européenne. Ce traité entérine l'impuissance
d'institutions européennes déconnectées du suffrage universel
face à la globalisation financière ainsi que la perte d'influence
de la France par rapport à l'Allemagne dans les votes au Conseil des ministres
européen. En acceptant que notre pays ne pèse plus que les trois
quarts de son partenaire principal en Europe, le Président de la République
a mis fin à la parité fondatrice qui, pendant un demi-siècle,
avait assuré un développement relativement équilibré
de la construction européenne. Presque simultanément, Madame Merkel
a mis son veto au projet d'Union pour la Méditerranée ou plus précisément
l'a vidé de sa substance en l'inscrivant dans le cadre communautaire et
en le privant de tout financement supplémentaire. Le
gouvernement prépare un programme drastique d'économies budgétaires
et de réformes dites " structurelles ", en fait libérales.
C'est une cure de rigueur sans précédent qui s'annonce. L'ensemble
des services publics est dans la mire. Pendant ce temps, l'euro cher précipite
les délocalisations. L'érosion de notre tissu industriel et le creusement
du déficit commercial vont de pair. Ainsi notre pays est-il confronté,
non pas à un vide de projet, mais à un projet bien précis
d'abaissement du coût du travail et de retrait généralisé
de la Puissance publique au bénéfice du marché. Ce projet
est condamné d'avance parce que dans l'Europe de Maastricht et de Lisbonne,
il ne touche pas aux paramètres essentiels et notamment monétaires
qui gouvernent l'activité économique. 3)
Après le référendum du 29 mai 2005, l'espoir s'était
levé d'un redressement à la fois de l'orientation de la construction
européenne et des politiques mises en œuvre en France même. Ségolène
Royal avait souhaité une réforme des statuts de la BCE devant le
Congrès du PSE réuni en décembre 2006 à Porto. L'accord
MRC-PS du 9 décembre 2006, avait formalisé un bon accord stratégique
entre nos deux formations sur des points essentiels : réorientation de
la construction européenne, prise en compte de normes sociales et environnementales
dans les règles de l'OMC, clause antidumping social, préservation
de l'atout nucléaire de la France, réaffirmation des repères
républicains, sauvegarde des services publics, exigence de la laïcité,
politique étrangère et de défense indépendante. 4)
Il apparaît malheureusement que les lignes directrices de cet accord ont
été frappées de caducité par la défaite de
la gauche. La régression qui emporte notre pays depuis près d'un
an n'épargne pas non plus le principal parti de l'opposition. L'ouverture
de Nicolas Sarkozy vers certains responsables du PS a montré l'identité
de postulats libéraux et européistes que nous avions justement diagnostiquée
pendant la campagne présidentielle de 2001-2002, en dessinant un projet
alternatif à la politique " du pareil au même ". Le
PS a certes bénéficié, lors des municipales et des cantonales
de mars 2008, du rejet de la politique gouvernementale, mais il semble plus que
jamais en panne de projet et de repères solides, malgré l'effort
récent, réalisé à l'initiative de son Premier Secrétaire,
pour se réapproprier des concepts comme la nation et la République.
Le vote du traité de Lisbonne par une majorité de parlementaires
socialistes et, plus encore, le refus de faire obstacle à la révision
constitutionnelle préalable, pour exiger un référendum sur
cette Constitution européenne bis, conformément aux engagements
pris, témoignent pour le moins de la fragilité des analyses et du
manque de continuité politique de beaucoup de dirigeants socialistes. La
plupart demeurent prisonniers de leur " oui " au référendum
de mai 2005 et d'une conception de l'Europe aujourd'hui obsolète. Le débat
interne paraît vidé de toute substance. Seule la désignation
du prochain candidat à l'élection présidentielle et du premier
secrétaire qui succédera à François Hollande semblent
intéresser. L'analyse de la crise et des moyens d'y faire face est remarquablement
absente des débats du PS, alors même que c'est l'absence d'un projet
à la hauteur des défis de notre temps qui explique déjà
l'échec aux trois présidentielles successives de 1995, 2002 et 2007.
Nous
voici donc revenus, en apparence, à la situation de fin 2004, quand le
PS s'était prononcé à la majorité de 58 % de ses membres
en faveur d'une Constitution européenne dont le principe avait été
posé, en 2000, en pleine période de cohabitation.
5)
Ce serait se tromper beaucoup cependant que de penser que la volonté populaire
telle qu'exprimée par le référendum du 29 mai 2005 puisse
être ainsi foulée aux pieds. La réalité est plus forte
que toutes les constructions politiques et diplomatiques. La France, l'Europe,
le monde sont devant une crise systémique sans précédent.
Cette crise prend racine dans la dictature des marchés financiers que nous
dénoncions depuis longtemps et notamment à l'occasion des élections
présidentielles de 2002 : " Les marchés financiers ne sont
pas l'horizon de l'Humanité. D'autres valeurs que l'Argent mènent
le monde. Ce sont les nations et les peuples qui sont la vraie permanence de l'Histoire
" (discours de Vincennes, page 6) Notre projet adopté à notre
Congrès de 2006 a analysé précisément les deux composantes
essentielles de la " globalisation " qui sont à la racine de
la crise actuelle du système : a)
Domination du capital financier sur le capitalisme industriel du fait de l'ouverture
à l'échelle mondiale dès les années quatre-vingt-dix,
des marchés et des mouvements de capitaux, dictature de l'actionnariat,
exigences de rentabilité insoutenables pour les industries de l'Europe,
délocalisations et migration, sous l'égide de multinationales et
des fonds spéculatifs, du capital productif vers les pays à coût
salariaux très bas. b)
Rôle central des Etats-Unis dans la globalisation. Ceux-ci ont fait du dollar
la monnaie mondiale mais l'utilisent comme si elle était seulement la leur,
au mépris des intérêts de l'Europe et particulièrement
de la zone euro. La valeur de la monnaie européenne a ainsi augmenté
de 80% depuis 2002, pénalisant les exportations et favorisant les délocalisations.
Confrontés depuis 1997 aux crises financières successives (Asie
du Sud-Est, Russie, Amérique Latine, éclatement de la " bulle
technologique ") qui remettent en cause les bases mêmes de leur hégémonie
et donc de la globalisation, les Etats-Unis pratiquent une dangereuse fuite en
avant dans l'endettement intérieur et extérieur aussi bien que dans
la politique étrangère et militaire, notamment pour le contrôle
des ressources énergétiques au Moyen-Orient et en Asie Centrale.
Un
budget militaire colossal (plus de 600 milliards de dollars) ne leur permet pas
d'éviter l'enlisement, notamment en Irak. Un déficit extérieur
abyssal nourrit la méfiance à l'égard du dollar. Les Etats-Unis
se trouvent confrontés à ce que l'historien Paul Kennedy appelait
la " surextension impériale ". Il n'ont plus les moyens de dominer
seuls le monde. Là est la cause de la crise actuelle de la globalisation.
Ils se tournent vers leurs alliés européens pour les transformer
en supplétifs. 6)
Mais cette politique se heurte à la réticence de l'opinion publique
européenne. Celle-ci souhaite dans sa majorité que les Etats-Unis
redeviennent la grande nation qu'ils sont, en acceptant la réalité
d'un monde multipolaire se nourrissant du dialogue des cultures et régi
par le droit. Ce monde multipolaire s'impose d'ailleurs dans la réalité
avec la montée de la Chine, de l'Inde, de l'Iran, du Brésil et le
retour de la Russie. Mais d'immenses moyens de conditionnement médiatique
sont déployés au nom d'un nouvel " occidentalo-centrisme "
pour décrier et fragiliser cette perspective. Il en résulte des
tensions grandissantes avec le monde musulman, la Chine et la Russie notamment.
La réintégration dans l'organisation militaire de l'OTAN annoncée
par Nicolas Sarkozy nous engage toujours plus à l'Est, à la remorque
de la stratégie américaine, dans des conflits et des guerres qui
ne sont pas les nôtres. Ainsi la crise de la globalisation et celle de l'hégémonie
américaine se recoupent-elles étroitement. Dans
ce monde dangereux, il est important que la gauche française fasse entendre
une voix distincte. La grande crise américaine qui pointe à l'horizon
amènera un réexamen critique des postulats libéraux (apologie
du libre-échange, effacement de l'Etat, marché roi) ; à la
faveur de ces remises en cause, la gauche française peut faire entendre
son message et ses valeurs. La gauche a besoin pour cela d'un projet à
la hauteur des défis de notre temps. II
- Face au tsunami, un projet républicain à la hauteur des défis
de notre temps. 1.
L'urgence c'est de faire face à la récession et à l'approfondissement
de la crise qui, après avoir touché les Etats-Unis, va se communiquer
à l'Europe. Nous n'y ferons face que sur la base d'une réaffirmation
claire de la souveraineté populaire et du rôle de l'Etat. 2.
L'Europe à vingt-sept ne peut être qu'une confédération
de nations. Les institutions européennes, si elle se montrent défaillantes,
ne peuvent pas arguer de compétences exorbitantes pour faire obstacle à
des mesures urgentes et exceptionnelles comme si l'Europe était une Fédération,
perspective clairement rejetée par le peuple français en mai 2005.
3.
Les institutions européennes ont l'impérieux devoir de se réformer
au feu de la crise, d'instaurer dans l'action un véritable gouvernement
économique de la zone euro : baisse des taux d'intérêt, tolérance
accrue pour les déficits budgétaires en période de crise,
mise en œuvre de politiques contracycliques pour faire de la zone euro un espace
keynésien de relance. Ce serait d'ailleurs le meilleur moyen d'aider les
Etats-Unis à surmonter leurs propres difficultés. En théorie
du moins, l'Europe peut beaucoup aussi en matière de politique industrielle
et énergétique, de programmes de recherche et de protection contre
les concurrences déloyales, afin de maintenir un tissu industriel aujourd'hui
en voie de délitement. L'Europe
doit également veiller à la préservation de ses services
publics et de son agriculture. Il faut réinventer la PAC et la préférence
communautaire. Cette exigence ne vaut d'ailleurs pas que pour l'agriculture. L'Europe
doit se battre non pas pour libéraliser davantage encore le commerce international
mais pour imposer à l'OMC la prise en compte de normes sociales et environnementales.
La liberté des échanges n'a de sens qu'entre pays de niveau de développement
économique comparable. 4.
La responsabilité de l'Allemagne dans la réorientation de la construction
européenne est déterminante, car ce pays, en comprimant excessivement
ses coûts depuis 2000, a pu dégager d'énormes excédents
commerciaux (plus de 200 milliards d'euros en 2007) pour l'essentiel au détriment
de ses partenaires de la zone euro (100 milliards) et de l'Europe en général
(150 milliards), tout en freinant sa croissance intérieure. Il y a une
solidarité objective entre l'action des syndicats et celle de la gauche
allemande en vue d'une revalorisation des salaires et l'intérêt bien
compris de l'Europe dans son ensemble. L'Allemagne doit mettre en œuvre une stratégie
coopérative de relance à l'échelle européenne. Il
appartient à la France de l'y aider en formulant des propositions adaptées.
Cette perspective de réorientation de la construction européenne
eût paru, il y a peu, hérétique, tant elle est contradictoire
avec les dogmes de la globalisation, imposée au fil des décennies,
par les Etats-Unis et relayée par l'Europe libérale. Mais aujourd'hui
le système craque de toutes parts. Ce sont les Etats les plus libéraux
(Grande-Bretagne - Etats-Unis - Suisse) qui utilisent les moyens de l'intervention
publique. 5.
Il est temps qu'en France aussi on change son fusil d'épaule. La souveraineté
populaire, dans les temps qui viennent, aura matière à s'exercer.
Nous avons toujours défendu le cadre et les repères de la République.
Ceux-ci nous seront bien utiles dans la période qui s'annonce. 6.
Pour maintenir notre tissu industriel, priorité des priorités, nous
ne devons pas hésiter à utiliser tous les moyens : réglementation
stricte des OPA, constitution de pactes d'actionnaires stables, promotion de l'épargne
salariale et de la participation des travailleurs au capital des entreprises,
renforcement du rôle des grands intermédiaires publics et notamment
de la Caisse des dépôts, instauration de " golden share "
(action publique impliquant un pouvoir de veto), nationalisations partielles ou
totales le cas échéant, de certaines entreprises stratégiques
(notons au passage la responsabilité des gouvernements libéraux
qui ont laissé partir à l'étranger Usinor et Pechiney, avec
les conséquences que l'on voit sur la délocalisations de nos sites
de production et de nos laboratoires de recherche). Il est temps de passer un
pacte nouveau entre les entreprises, les acteurs concernés (détenteurs
du capital mais aussi travailleurs), la Puissance publique et les sous-traitants.
Il faut remettre en cause l'actuelle dictature de l'actionnariat. Celle-ci est
récente. Elle n'a pas de légitimité profonde. Nous trouverons
beaucoup d'alliés, et d'abord dans le secteur productif, pour remettre
en cause les règles du jeu immorales du capitalisme financier et pour définir
les bases d'une nouvelle Charte de l'Entreprise. Cette
politique de redynamisation du tissu industriel s'appuiera sur la relance d'un
vigoureux effort de recherche orienté vers les technologies nouvelles (énergies
renouvelables, réacteur nucléaire de quatrième génération,
biotechnologies, NTIC, productique, nouveaux matériaux) ainsi que sur les
économies d'énergie et la promotion de nouvelles formes d'habitat
et de transport. 7.
Le renouveau de l'Etat ira de pair avec la reconquête des territoires et
une décentralisation républicanisée. La revalorisation du
travail sera le socle d'une nouvelle croissance. Celle-ci permettra de garantir
justement les protections sociales en tenant compte de priorités démocratiques
(prise en compte de la pénibilité du travail) et en mettant fin
à certains privilèges et abus (tarifs déconventionnés
- concurrences privées déloyales au service public). Cet immense
effort de redressement collectif prendra appui sur une citoyenneté raffermie.
Ce n'est pas le modèle républicain qui est en cause : ce sont les
attaques qu'il subit. Egalité hommes-femmes, accès égal à
la citoyenneté, défense de la laïcité, refondation républicaine
de l'Ecole, rien de tout cela qui ne soit éminemment moderne. Il
faudra revoir notre politique d'immigration dans le cadre d'accords de codéveloppement
fondés sur l'intérêt mutuel avec les pays d'origine. La science
et la culture seront au cœur de notre démarche. Pour faire face au réchauffement
climatique, une véritable écologie de l'Humanité éloignant
toute tentation d'un obscurantisme paré aux couleurs de la modernité,
est nécessaire. La culture doit s'ouvrir au plus grand nombre et la culture
française sur le monde. La francophonie sera un des moyens de cette ouverture.
8.
En même temps que la France aura repris confiance en elle-même et
en ses capacités, elle aura le devoir de parler aux autres pour dessiner
les contours d'un monde multipolaire et pacifique, fondé sur le respect
du droit international. La fin de l'unilatéralisme américain
n'est pas la fin de l'Histoire. Nous souhaitons maintenir une belle et bonne alliance
avec les Etats-Unis. Mais celle-ci ne saurait se confondre avec l'acceptation
résignée d'une vassalité, maquillée aux couleurs d'un
" Occident " improbable. Nous devons nouer ou développer des
partenariats stratégiques avec la Chine, l'Inde, le Brésil, le Mexique,
le Venezuela, l'Iran, l'Indonésie, sans oublier de restaurer nos liens
avec l'Afrique, que nous avons contribué à ouvrir au monde et dont
le destin nous concerne et nous concernera toujours. Partout, nous devons promouvoir
le dialogue des cultures et favoriser l'émergence et la construction d'Etats
fondés sur le droit et notamment celui, intangible, de chaque peuple à
se déterminer par lui-même. Pour
que l'Europe existe dans ce monde multipolaire et notamment par rapport aux Etats-Unis
et à la Chine, elle doit développer des relations de coopération
privilégiées avec ses grands voisins qui constituent l'Europe élargie.
Au premier chef la Russie, qui est nécessaire à l'équilibre
et à la paix du continent, et que nous ne devons pas repousser vers l'Asie.
Il y a beaucoup à faire avec la Russie sur le plan économique et
énergétique mais aussi sur le plan diplomatique. De
même nous devons chercher à donner un contenu à " l'Union
pour la Méditerranée ". Le développement du Maghreb
et de l'Egypte, la stabilisation des Balkans sur la base du respect égal
de l'identité de chaque peuple, la paix au Proche et au Moyen-Orient, l'arrimage
enfin de la Turquie à l'Europe, répondent ainsi à notre intérêt
bien compris du point de vue de la croissance aussi bien que de la sécurité.
La
France enfin doit rester une grande puissance politique. Le respect du droit international,
le dialogue des cultures, le codéveloppement avec le Sud et enfin le maintien
d'une défense indépendante seront les axes de notre politique extérieure.
L'indépendance n'est pas moins nécessaire dans un monde multipolaire
qu'elle ne l'était dans l'ancien monde bipolaire. Il nous appartient donc
de combattre les dérives dangereuses auxquelles nous conduit déjà
la perspective annoncée d'une réintégration de l'organisation
militaire de l'OTAN en rupture avec la politique inaugurée par le général
de Gaulle. Ainsi notre opposition à la politique de M. Sarkozy n'est-elle
pas une opposition systématique et aveugle. C'est une opposition républicaine
et argumentée, fondée sur la perspective d'un avenir différent
et meilleur. III
- Vers la refondation républicaine de la gauche 1.
Trente-sept ans après le Congrès d'Epinay, la gauche française
doit prendre un nouveau départ comme elle a su le faire à différentes
étapes de son histoire : 1905 -1920 - 1946 - 1971. Le cycle d'Epinay est
désormais révolu. Ce qui ne signifie pas que les objectifs originels
- rassembler la gauche, reconquérir les couches populaires - aient perdu
de leur pertinence. Mais le monde a changé. Avec l'effondrement de l'URSS,
le communisme a perdu son étoile polaire. Confronté au néo-conservatisme
libéral, le Parti socialiste peine à trouver ses marques. C'est
une refondation de toute la gauche qu'il faut préparer, avec toutes ses
sensibilités et toutes ses cultures : social démocrate, républicaine,
communiste, radicale, écologiste, etc. 2.
L'objectif d'un grand parti de toute la gauche doit être clairement affirmé.
Seule une nouvelle structure pourra accueillir la masse des sympathisants aujourd'hui
sans repères et l'élan des nouvelles générations.
Une Fédération ou une confédération pourrait sans
doute constituer une étape intermédiaire mais en réalité
le temps presse : seule la création d'un grand parti de toute la gauche,
déjà relayée par certains responsables socialistes, faisant
écho à nos propres propositions, peut créer l'électrochoc
nécessaire. Ce nouveau parti devra rassembler largement et sans sectarisme
toutes les sensibilités. Du dialogue en son sein d'une sensibilité
critique voire utopique, et d'une sensibilité plus gestionnaire doit naître
une dynamique féconde. Rien ne serait plus contreproductif que de vouloir
construire un parti révolutionnaire à côté d'un parti
social-libéral. Ce serait donner un boulevard à la droite conservatrice.
3.
Au départ il faudra cependant ouvrir le débat sur la nature de la
globalisation et du capitalisme financier aujourd'hui dominant, car dès
les premiers temps du mouvement ouvrier, au XIXe siècle, aucune vision
socialiste n'a jamais pu se développer que sur la base d'une critique préalable
du capitalisme de l'époque. Il en va de même aujourd'hui. A partir
d'une telle analyse du capitalisme financier d'aujourd'hui et de ce qu'on appelle
la " globalisation ", un débat fructueux pourra naître
et se développer. 4.
Chaque parti actuel de la gauche apportera son meilleur au parti futur. Les communistes,
dont l'Histoire tourmentée a eu sa grandeur, doivent savoir tourner la
page, ouverte au début du dernier siècle, par le Congrès
de Tours. Ils trouveront dans un parti de toute la gauche un cadre plus efficace
pour faire mûrir les espérances révolutionnaires. Il en va
de même pour les écologistes qui n'ont pas rompu avec la tradition
des Lumières, pour les radicaux sincères et pour les hommes et femmes
de progrès qui n'entendent pas tourner le dos au message qui fut jadis
celui du général de Gaulle. S'agissant
du MRC, héritier du MDC mais aussi, avant 1993, du CERES et de " Socialisme
et République ", les raisons qui avaient motivé sa création
: refus de l'alignement sur l'Hyperpuissance américaine dans la première
guerre du Golfe et rejet de l'Europe libérale de Maastricht, n'ont pas
disparu, même si nos critiques depuis 2003 (deuxième guerre du Golfe)
et 2005 (rejet de la Constitution européenne), sont plus largement partagées.
Pour
que les choses soient dites clairement, nous ne sommes pas prêts à
adhérer au PS. Tout s'est passé en effet comme si celui-ci avait
mené à notre égard - consciemment ou non - une véritable
campagne d'éradication au lendemain du 21 avril 2002, cherchant à
nous transformer en bouc émissaire commode d'un échec dont son candidat
était en fait le principal responsable. Nous n'admettons pas d'avoir été
ainsi " criminalisés " pour avoir porté un projet différent
sur l'Europe, la politique industrielle, la République ou l'indépendance
de notre politique étrangère. Bref nous entendons non seulement
nous faire respecter mais conduire des débats de fond sans lesquels il
n'y aura pas de refondation républicaine de la gauche. Le MRC se place
dans cette perspective de refondation exclusivement. Il n'entend donc pas acquiescer
à une version de l'Histoire qui n'a pas d'autre objet que de soustraire
à la critique une orientation social-libérale qu'il a toujours combattue.
Pas plus qu'hier nous n'accepterons de servir de caution. 5.
Pour notre part, nous respectons le PS en tant qu'organisation, et nous n'entendons
pas nous ingérer dans des choix de personnes qui lui incombent. Le débat
d'idées au sein de la gauche en revanche est légitime et nous y
contribuerons. Pour ce qui nous concerne, nous aspirons à la confrontation
loyale des idées, au sein d'un grand parti de toute la gauche, avec le
seul souci du fond. C'est ce qui a beaucoup manqué à la gauche depuis
un certain temps et c'est avec cette loyauté élémentaire
à l'égard des idées, et par conséquent des personnes,
que nous aimerions la voir renouer dans son ensemble. Le
MRC propose donc un cadre de discussion ouvert à l'ensemble des femmes
et des hommes de gauche et de progrès pour jeter les bases d'un grand parti
de toute la gauche. Cette refondation est urgente. Sinon la gauche risque de se
trouver confrontée à des divisions persistantes, au risque d'une
nouvelle défaite. Pour
mobiliser l'ensemble de ses forces et susciter l'adhésion des hésitants,
nous lançons un appel pour que la gauche se réunisse et se mette
d'accord, non sur une simple perspective d'alternance dépourvue de contenu
politique, mais sur un projet républicain réellement alternatif.
C'est possible. Le projet républicain du MRC est sur la table. Cette contribution
à notre prochain Congrès a pour but d'ouvrir le débat non
seulement au MRC mais également au sein de la gauche tout entière,
en tout cas parmi ceux qui font de sa refondation leur perspective. |