Chers
amis, chers camarades, C’est
le cœur joyeux que je m’adresse à vous aujourd’hui. Parce que nous sommes
ensemble, réunis en congrès départemental. Mais aussi parce
que la journée d’hier, avait, je trouve, un petit goût de 29 mai
2005 ! 54%
! Par 54%, nos amis irlandais ont rejeté le traité de Lisbonne,
clone complexifié de la Constitution Européenne. Un NON clair, net
et sans bavure, comme les NON français et néerlandais à la
première mouture du même traité. Les
Irlandais se sont exprimés, avec des raisons variées. On nous expliquera
que c’est par archaïsme catholique étroit ; en France, c’était
par socialisme archaïque étroit ! Aux Pays-Bas, par nationalisme archaïque
étroit ! Toujours
archaïques, toujours étroits, les peuples d’Europe sont en tous cas
réfractaires à cette Europe intégrée que les oligarques
ne savent décidément plus leur vendre ! Il
faut le dire, clairement, nettement : le traité de Lisbonne est mort en
droit ! Il est mort le 13 juin 2008 à Dublin ! Déjà,
les docteurs es-européïsme veulent le ressusciter ! Ce serait une
forfaiture ! Mais
quoi qu’il arrive, chers camarades, les NON de 2005, et le NON de 2008, ne sont
pas vains. Petit à petit, la page de l’Europe intégrée va
se tourner. Tous les stratagèmes politiciens, toutes les arguties juridiques,
toutes les manipulations médiatiques ne peuvent rien face à la volonté
profonde des peuples. Le combat pour la souveraineté des Citoyens sera
sans doute encore long, mais il est significatif et rassurant de constater que,
violés, bafoués, les peuples n’en sont pas pour autant résignés
! *** Alors,
bien sûr, la France de 2008 ne ressemble pas à celle de 2005. Le
vent de résistance et d’espoir qui s’était alors levé est
retombé. L’élection de Nicolas SARKOZY, qui a usurpé la confiance
de nombre d’électeurs du NON, en se faisant passer pour le candidat du
volontarisme politique, a laissé la place à une morosité
profonde, sur fond de croissance faible, de pouvoir d’achat en chute libre et
de chômage persistant. Je dis bien de chômage persistant. Car les
statistiques ne trompent personne : le gouvernement bénéficie d’une
bonne conjoncture démographique sur le plan du chômage ; il procède
à des radiations ; et il pratique une politique économique cynique
d’abaissement du coût et du droit du travail, qui permet de transformer
certains chômeurs en travailleurs pauvres et ultra-précaires. Voilà
comment est obtenue la baisse optique du chômage ! Tout
y passe : de la remise en cause, de fait, de la notion même de durée
légale du travail, au grignotage systématique et finalement très
grave de la protection sociale (retraites, assurance maladie), c’est une politique
cohérente, authentiquement néo-libérale, qui est menée
par le gouvernement, sous la conduite de Nicolas SARKOZY. Un
mot des 35 heures : nous n’avons jamais été très favorables
au partage du travail, c’est-à-dire à cette idée vaguement
chrétienne et très malthusienne qu’il faudrait couper le gâteau
fini de la production ! Non, nous sommes pour la croissance, la croissance durable
bien sûr, mais la croissance et la juste rémunération du travail.
En revanche, il faut garantir une vie familiale et personnelle aux travailleurs,
et c’est pourquoi la durée légale du travail est indispensable ;
et c’est pourquoi, aussi, le progrès social s’est traduit, depuis des décennies,
par une diminution de cette durée légale. Croissance
faible, pouvoir d’achat en chute libre, chômage et précarité
persistants, voilà la réalité. Dans
ce contexte, la France est triste, elle n’a pas de cœur à l’ouvrage, pas
de perspective. L’espoir est bien enfoui sous les difficultés pécuniaires,
la peur du chômage, la conviction que la vie, demain, sera plus dure qu’hier,
pour soi et pour ses enfants. Et
si le moral est aussi bas, c’est parce que tout a été fait, depuis
des décennies, pour nous mettre dans le crâne que notre système
économique est « le seul possible ». Le capitalisme financier
mondialisé, sous domination états-unienne, serait la fin de l’histoire
! Fermez le ban ! *** Le
monde devrait subir la nouvelle division internationale du travail : chômage
et régression sociale au Nord, exploitation au Sud ! Le
monde devrait subir l’aberration écologique de ces flux exponentiels de
transports polluants qui découlent de la libéralisation des échanges. Le
monde devrait subir la spoliation des producteurs immobiles par les spéculateurs
mobiles, au nom de la concurrence des territoires pour attirer les investissements
capitalistiques ! Le
monde devrait subir les guerres états-uniennes pour asseoir les intérêts,
notamment énergétiques, de l’hyperpuissance. En tournée européenne,
George W BUSH –certains l’affirment- pourrait chercher à préparer
les esprits à une guerre contre l’Iran. Le
monde devrait subir la dissolution des souverainetés, des liens civiques,
au profit de la régulation des communautés, de la gouvernance des
territoires (on ne « gouverne » plus, on « gouvernance »
!), bref, le néant civique face aux géants financiers ! Et
pour achever le tout, on divise entre elles les forces productives. On dresse
le pêcheur contre l’automobiliste, en finançant l’aide des premiers
par la T.V.A. des seconds. On dresse l’allocataire de la Prime pour l’Emploi contre
l’allocataire du R.S.A., en finançant l’allocation des seconds par la diminution
de celle des premiers ! On dresse l’enseignant contre le parent d’élève,
en soulevant la polémique du service minimum dans les écoles. On
dresse le patron de P.M.E. contre son salarié, en occultant la cause réelle
des difficultés de nos petits entrepreneurs : les contraintes imposées
par les banques et par les donneurs d’ordre multinationaux, fournisseurs ou clients
! Heureusement,
le monde ne fait pas que subir. Les ferments de la résistance sont encore
là. L’Amérique latine résiste bien ; mieux, elle progresse.
L’oligarchie européenne subit des défaites. Des droits sociaux commencent
à être conquis, très lentement, par les travailleurs chinois.
Tout espoir n’est pas vain ! *** En
lançant un appel pour la création d’un « grand parti de toute
la gauche », Jean-Pierre Chevènement veut créer un sursaut,
une dynamique. Vieille
aspiration du peuple de gauche, le combat pour l’unité est surtout l’occasion
d’une re-fondation. Une nouvelle fondation, sur la base d’un contenu. A
lui seul, le Parti Socialiste, en dépit de la qualité de certains,
ne peut pas renouer avec les classes populaires. Elles se sont séparées
de lui depuis les années 1990, et ne lui ont plus jamais fait confiance
pour conduire le pays, qu’à la faveur d’une maladresse tactique majeure
de Jacques CHIRAC en 1997. La
Gauche a besoin de créer une dynamique nouvelle. La Gauche a besoin de
se nourrir du logiciel républicain du MRC, des idéaux et de la constance
militante des communistes, de la légitime vigilance environnementale d’une
partie des écologistes, des principes laïques de certains radicaux,
et peut-être même du patriotisme de certains gaullistes sociaux. Le
MRC, parce que sa vision républicaine est cohérente et globale,
parce que le « discours de Vincennes » est sans doute l’analyse la
plus logique de la situation nationale, européenne et mondiale proposée
depuis 1981 aux Français, est en situation de penser l’articulation de
cette gauche unie. Parce que nous sommes à la fois anti-libéraux
et sensibles à la culture de la responsabilité. Parce que nous sommes
à la fois pour la justice sociale et pour le progrès scientifique,
technique, industriel, et la compétitivité économique de
la France. Parce que nous sommes pour la défense du service public ET pour
sa meilleure efficacité. Parce que nous sommes pour la défense des
droits de l’homme et du citoyen dans le monde, ET la reconnaissance des souverainetés
nationales. Nous
pensons global, et cette pensée globale ne doit pas exclure les apports
divers de la gauche : elle doit les mettre en cohérence. De
surcroît, nous comptons dans nos rangs des salariés, des fonctionnaires,
des syndicalistes, mais aussi des entrepreneurs, des artisans, des paysans, des
intellectuels, des artistes. Nous sommes capables, donc, de porter le message
d’unité sociale qui doit servir de moteur à l’unité politique. C’est
une formidable mission que de servir, ainsi, de catalyseur à la constitution
d’une majorité sociale, d’une majorité politique, et à leur
adéquation. Cette
mission, chers camarades, nous pouvons l’accomplir. Cela ne tient pas qu’à
nous bien sûr, et je ne fais pas preuve d’un optimisme de commande. Mais
c’est notre devoir et notre volonté. Nous
devons d’abord être unis : foin des querelles de nombrils ! Serrons-nous
les coudes. Transmettons, aussi, la flamme de notre combat : n’opposons pas les
jeunes générations de cadres et de militants aux générations
plus anciennes. Regardons notre histoire et notre avenir avec la même confiance. Je
conclurai, chers camarades, en vous disant que je me réjouis de la candidature
de Jean-Pierre Chevènement aux élections sénatoriales à
Belfort. J’espère de tout cœur qu’il sera élu, pour renforcer, avec
le talent et l’audience particuliers qui sont les siens, notre représentation
nationale, constituée de Christian Hutin et François Autain. La
lumière peut donc venir de Belfort ! Mais elle doit aussi venir de Paris,
qui est l’une des toutes premières fédérations nationales
du MRC. Cela dépend de nous tous ! De notre volonté, du choix de
nos actions, de notre détermination à les mener. Patrick
TRANNOY vous présentera dans quelques minutes le projet que, avec Carol-Luc
JONARD, Karim-ZIN EL-ABIDINE, Jean-François ROLET, et moi-même, ainsi
que tous les premiers signataires du texte « Paris, fédération
capitale », il a conçu et qui, je le crois, peut donner un nouveau
souffle à notre fédération. Ce projet vaut pour lui-même,
et aussi parce qu’il est l’occasion de rassembler et de déployer nos énergies.
Je serai là pour y veiller et y contribuer, ainsi que les jeunes générations.
J’ai confiance. Vive
la République Sociale ! Merci.
|