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Discours deGeorges SARRE
Sujet :

Congrès du MRC 75

Date :
14 juin 2008
 
Allocution de Georges SARRE
 

Chers amis, chers camarades,

C’est le cœur joyeux que je m’adresse à vous aujourd’hui. Parce que nous sommes ensemble, réunis en congrès départemental. Mais aussi parce que la journée d’hier, avait, je trouve, un petit goût de 29 mai 2005 !

54% ! Par 54%, nos amis irlandais ont rejeté le traité de Lisbonne, clone complexifié de la Constitution Européenne. Un NON clair, net et sans bavure, comme les NON français et néerlandais à la première mouture du même traité.

Les Irlandais se sont exprimés, avec des raisons variées. On nous expliquera que c’est par archaïsme catholique étroit ; en France, c’était par socialisme archaïque étroit ! Aux Pays-Bas, par nationalisme archaïque étroit !

Toujours archaïques, toujours étroits, les peuples d’Europe sont en tous cas réfractaires à cette Europe intégrée que les oligarques ne savent décidément plus leur vendre !

Il faut le dire, clairement, nettement : le traité de Lisbonne est mort en droit ! Il est mort le 13 juin 2008 à Dublin !

Déjà, les docteurs es-européïsme veulent le ressusciter ! Ce serait une forfaiture !

Mais quoi qu’il arrive, chers camarades, les NON de 2005, et le NON de 2008, ne sont pas vains. Petit à petit, la page de l’Europe intégrée va se tourner. Tous les stratagèmes politiciens, toutes les arguties juridiques, toutes les manipulations médiatiques ne peuvent rien face à la volonté profonde des peuples. Le combat pour la souveraineté des Citoyens sera sans doute encore long, mais il est significatif et rassurant de constater que, violés, bafoués, les peuples n’en sont pas pour autant résignés !

***

Alors, bien sûr, la France de 2008 ne ressemble pas à celle de 2005. Le vent de résistance et d’espoir qui s’était alors levé est retombé. L’élection de Nicolas SARKOZY, qui a usurpé la confiance de nombre d’électeurs du NON, en se faisant passer pour le candidat du volontarisme politique, a laissé la place à une morosité profonde, sur fond de croissance faible, de pouvoir d’achat en chute libre et de chômage persistant. Je dis bien de chômage persistant. Car les statistiques ne trompent personne : le gouvernement bénéficie d’une bonne conjoncture démographique sur le plan du chômage ; il procède à des radiations ; et il pratique une politique économique cynique d’abaissement du coût et du droit du travail, qui permet de transformer certains chômeurs en travailleurs pauvres et ultra-précaires. Voilà comment est obtenue la baisse optique du chômage !

Tout y passe : de la remise en cause, de fait, de la notion même de durée légale du travail, au grignotage systématique et finalement très grave de la protection sociale (retraites, assurance maladie), c’est une politique cohérente, authentiquement néo-libérale, qui est menée par le gouvernement, sous la conduite de Nicolas SARKOZY.

Un mot des 35 heures : nous n’avons jamais été très favorables au partage du travail, c’est-à-dire à cette idée vaguement chrétienne et très malthusienne qu’il faudrait couper le gâteau fini de la production ! Non, nous sommes pour la croissance, la croissance durable bien sûr, mais la croissance et la juste rémunération du travail. En revanche, il faut garantir une vie familiale et personnelle aux travailleurs, et c’est pourquoi la durée légale du travail est indispensable ; et c’est pourquoi, aussi, le progrès social s’est traduit, depuis des décennies, par une diminution de cette durée légale.

Croissance faible, pouvoir d’achat en chute libre, chômage et précarité persistants, voilà la réalité.

Dans ce contexte, la France est triste, elle n’a pas de cœur à l’ouvrage, pas de perspective. L’espoir est bien enfoui sous les difficultés pécuniaires, la peur du chômage, la conviction que la vie, demain, sera plus dure qu’hier, pour soi et pour ses enfants.

Et si le moral est aussi bas, c’est parce que tout a été fait, depuis des décennies, pour nous mettre dans le crâne que notre système économique est « le seul possible ». Le capitalisme financier mondialisé, sous domination états-unienne, serait la fin de l’histoire ! Fermez le ban !

***

Le monde devrait subir la nouvelle division internationale du travail : chômage et régression sociale au Nord, exploitation au Sud !

Le monde devrait subir l’aberration écologique de ces flux exponentiels de transports polluants qui découlent de la libéralisation des échanges.

Le monde devrait subir la spoliation des producteurs immobiles par les spéculateurs mobiles, au nom de la concurrence des territoires pour attirer les investissements capitalistiques !

Le monde devrait subir les guerres états-uniennes pour asseoir les intérêts, notamment énergétiques, de l’hyperpuissance. En tournée européenne, George W BUSH –certains l’affirment- pourrait chercher à préparer les esprits à une guerre contre l’Iran.

Le monde devrait subir la dissolution des souverainetés, des liens civiques, au profit de la régulation des communautés, de la gouvernance des territoires (on ne « gouverne » plus, on « gouvernance » !), bref, le néant civique face aux géants financiers !

Et pour achever le tout, on divise entre elles les forces productives. On dresse le pêcheur contre l’automobiliste, en finançant l’aide des premiers par la T.V.A. des seconds. On dresse l’allocataire de la Prime pour l’Emploi contre l’allocataire du R.S.A., en finançant l’allocation des seconds par la diminution de celle des premiers ! On dresse l’enseignant contre le parent d’élève, en soulevant la polémique du service minimum dans les écoles. On dresse le patron de P.M.E. contre son salarié, en occultant la cause réelle des difficultés de nos petits entrepreneurs : les contraintes imposées par les banques et par les donneurs d’ordre multinationaux, fournisseurs ou clients !

Heureusement, le monde ne fait pas que subir. Les ferments de la résistance sont encore là. L’Amérique latine résiste bien ; mieux, elle progresse. L’oligarchie européenne subit des défaites. Des droits sociaux commencent à être conquis, très lentement, par les travailleurs chinois. Tout espoir n’est pas vain !

***

En lançant un appel pour la création d’un « grand parti de toute la gauche », Jean-Pierre Chevènement veut créer un sursaut, une dynamique.

Vieille aspiration du peuple de gauche, le combat pour l’unité est surtout l’occasion d’une re-fondation. Une nouvelle fondation, sur la base d’un contenu.

A lui seul, le Parti Socialiste, en dépit de la qualité de certains, ne peut pas renouer avec les classes populaires. Elles se sont séparées de lui depuis les années 1990, et ne lui ont plus jamais fait confiance pour conduire le pays, qu’à la faveur d’une maladresse tactique majeure de Jacques CHIRAC en 1997.

La Gauche a besoin de créer une dynamique nouvelle. La Gauche a besoin de se nourrir du logiciel républicain du MRC, des idéaux et de la constance militante des communistes, de la légitime vigilance environnementale d’une partie des écologistes, des principes laïques de certains radicaux, et peut-être même du patriotisme de certains gaullistes sociaux.

Le MRC, parce que sa vision républicaine est cohérente et globale, parce que le « discours de Vincennes » est sans doute l’analyse la plus logique de la situation nationale, européenne et mondiale proposée depuis 1981 aux Français, est en situation de penser l’articulation de cette gauche unie. Parce que nous sommes à la fois anti-libéraux et sensibles à la culture de la responsabilité. Parce que nous sommes à la fois pour la justice sociale et pour le progrès scientifique, technique, industriel, et la compétitivité économique de la France. Parce que nous sommes pour la défense du service public ET pour sa meilleure efficacité. Parce que nous sommes pour la défense des droits de l’homme et du citoyen dans le monde, ET la reconnaissance des souverainetés nationales.

Nous pensons global, et cette pensée globale ne doit pas exclure les apports divers de la gauche : elle doit les mettre en cohérence.

De surcroît, nous comptons dans nos rangs des salariés, des fonctionnaires, des syndicalistes, mais aussi des entrepreneurs, des artisans, des paysans, des intellectuels, des artistes. Nous sommes capables, donc, de porter le message d’unité sociale qui doit servir de moteur à l’unité politique.

C’est une formidable mission que de servir, ainsi, de catalyseur à la constitution d’une majorité sociale, d’une majorité politique, et à leur adéquation.

Cette mission, chers camarades, nous pouvons l’accomplir. Cela ne tient pas qu’à nous bien sûr, et je ne fais pas preuve d’un optimisme de commande. Mais c’est notre devoir et notre volonté.

Nous devons d’abord être unis : foin des querelles de nombrils ! Serrons-nous les coudes. Transmettons, aussi, la flamme de notre combat : n’opposons pas les jeunes générations de cadres et de militants aux générations plus anciennes. Regardons notre histoire et notre avenir avec la même confiance.

Je conclurai, chers camarades, en vous disant que je me réjouis de la candidature de Jean-Pierre Chevènement aux élections sénatoriales à Belfort. J’espère de tout cœur qu’il sera élu, pour renforcer, avec le talent et l’audience particuliers qui sont les siens, notre représentation nationale, constituée de Christian Hutin et François Autain.

La lumière peut donc venir de Belfort ! Mais elle doit aussi venir de Paris, qui est l’une des toutes premières fédérations nationales du MRC. Cela dépend de nous tous ! De notre volonté, du choix de nos actions, de notre détermination à les mener.

Patrick TRANNOY vous présentera dans quelques minutes le projet que, avec Carol-Luc JONARD, Karim-ZIN EL-ABIDINE, Jean-François ROLET, et moi-même, ainsi que tous les premiers signataires du texte « Paris, fédération capitale », il a conçu et qui, je le crois, peut donner un nouveau souffle à notre fédération. Ce projet vaut pour lui-même, et aussi parce qu’il est l’occasion de rassembler et de déployer nos énergies. Je serai là pour y veiller et y contribuer, ainsi que les jeunes générations. J’ai confiance.

Vive la République Sociale !
Merci.

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