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Dans le tourbillon de la mondialisation libérale,
la France est mise à mal. Le 21 avril 2002, le 29 mai 2005 et les émeutes
dans les banlieues sont autant de symptômes dun même mal : les
principes selon lesquels la France républicaine est constituée sont
soumis à rude épreuve : sa
liberté dagir est corsetée dans lempire des marchés
; lEurope qui selon les euro-béats devait nous protéger des
dérives erratiques du capitalisme dérégulé détruit
au contraire nos protections et nous immerge dans un marché mondial sur
lequel nous navons pas prise. sa
souveraineté est réduite au rite de lélection. Mais
le peuple qui vote nest plus souverain. Un à un, les éléments
clés de nos décisions ont été mis hors de portée
du suffrage populaire : la politique monétaire se décide à
la Banque centrale européenne « indépendante » à
Francfort ; 80% de nos règles économiques se fixent à Bruxelles,
selon une procédure complexe qui fait des Parlements nationaux des observateurs
muets puis des chambres denregistrement ; lO.M.C. détruit les
règles du commerce mondial ; les Etats-Unis fixent les règles du
jeu diplomatique. sa
conception de la citoyenneté est confrontée à de nouveaux
défis. Le citoyen, progressivement dépourvu de sa souveraineté
politique, devient consommateur de droits avant de se dégrader en simple
consommateur de biens. Les exigences de légalité, de la laïcité,
sévanouissent devant laffirmation de communautés juxtaposées
aujourdhui, rivales ou hostiles demain. la
conscience de son destin sobscurcit ; faute de pouvoir lui assigner un cap,
les élites dirigeantes de notre pays invitent à célébrer
la disparition de la nation, un jour vouée à la provincialisation
dans une Europe fédérale, un autre jour priée de sexcuser
de son histoire et de quitter la scène. La
tempête qui déferle sur la France républicaine est puissante.
Si puissante que beaucoup de ceux qui avaient fait profession de « changer
la vie » énoncent aujourdhui que « le capitalisme a définitivement
gagné la partie » (Michel Rocard). Dautres, avec moins de franchise,
affichent un programme de lutte contre le libéralisme, mais mènent
une politique daccompagnement docile lorsquils exercent le pouvoir.
Les libéraux, enfin, attendent de la mondialisation et de lEurope
quelles réussissent là où ils nont pu aboutir,
quelles puissent mater les velléités dégalité
et de souveraineté du peuple français, ou, pour reprendre leurs
propres termes, quelles puissent réformer la société
française de lextérieur, puisque, de lintérieur,
ils ny parviennent pas ! A
notre peuple désorienté, nous devons la vérité. La
mondialisation libérale est portée par lévolution du
capitalisme financier ; sa puissance est immense, mais elle nest pas le
fait dune fatalité extérieure ni dun mouvement inéluctable
ou irrésistible. Elle comporte des faiblesses, des failles, des contradictions.
Si le mouvement républicain en France na pas la force, à lui
seul, darrêter le déploiement de la vague, il doit agir sur
les leviers capables dopposer des obstacles à la mondialisation financière.
Les principaux sont les nations et les mouvements ouvriers. Le mouvement républicain
en France peut être lâme dune résistance à
ce déferlement destructeur des cultures humaines et des solidarités
sociales. Face à lhégémonie des lois du marché,
les Républicains doivent former le parti du politique. Cest
à cela que nous ont invités les Français, aussi bien le 21
avril 2002 que le 29 mai 2005 et les émeutes en banlieue ont montré
à leur façon lampleur dune crise sociale et dune
crise nationale étroitement mêlées. Beaucoup
de citoyens se sont désintéressés du débat présidentiel
de 2002, à partir du moment où le choix qui leur est apparu inévitable,
entre Jacques Chirac et Lionel Jospin, ne répondait pas à leurs
attentes et se confondait dans un mol alignement sur le libéralisme ambiant.
Mais les électeurs sont revenus aux urnes le 29 mai 2005, dès lors
quils pouvaient faire entendre leur volonté : rejeter un carcan libéral,
fût-il dissimulé sous le mot dEurope. Il y a un fil directeur
entre les votes du 21 avril 2002, du 29 mai 2005 et la crise des banlieues : le
rejet dun système libéral dont en réalité les
Français ne veulent pas I
- DU REJET AU PROJET Notre
devoir est de donner un contenu à ces aspirations, de permettre à
notre pays de passer du Non au projet. Le
contenu dun projet républicain, anti-libéral, exigeant, est
au cur de notre travail politique depuis plusieurs années. Nous avons
en son temps rappelé à la gauche de gouvernement quentre le
gauchisme et le libéralisme, il y avait la République ! Nous avons
combattu les abandons de souveraineté, ou les transferts de compétence
sans contrôle démocratique ; nous avons dénoncé les
démantèlements de lEtat républicain, les lâchetés
devant lethnicisme et le chantage à la violence, le communautarisme.
Nous avons aussi proposé de refonder lEcole, darticuler les
moyens publics et privés pour renouer avec une politique industrielle,
une politique de la recherche, pour orienter lEtat vers ses fonctions danticipateur
et de stratège, pour repenser larchitecture de lEurope et de
la zone euro afin de retrouver la croissance et lemploi. Nous avons proposé
de refonder la citoyenneté, ensemble indissociable de droits et de devoirs
et garantie dégalité. Nous avons rappelé les moyens
nécessaires à faire entendre la voix de la France dans le monde. Cet
investissement intellectuel, ancré dans la confiance dans la République,
dans la confiance en le citoyen, doit à présent déboucher
sur la définition dun projet capable de répondre aux attentes
du pays, de sortir du désarroi qui sest emparé des Français.
Il y a toujours une alternative au renoncement. Elle peut prendre aujourdhui
la forme dun projet républicain exigeant rassembleur dune majorité
large de notre peuple. I
- 1 - La voix des citoyens La
présence de Le Pen au second tour de lélection présidentielle
de 2002, la victoire du Non au referendum et labstention massive démontrent
que la représentation politique est en crise. Leffet « essuie-glace
qui veut que chaque majorité soit évacuée du pouvoir à
lissue de son mandat pose un véritable problème : celui dun
projet ambitieux et courageux pour notre pays. Que
nous ont dit les électeurs le 29 mai dernier ? Dabord, lorsquun
enjeu est clair, un choix présenté, ils se rendent aux urnes. 70%
des inscrits ont voté ; cest une participation puissante. Ainsi,
66% des abstentionnistes de la présidentielle 2002 sont allés cette
fois voter Non. Très concrètement, on a vu dans les bureaux de vote
des quartiers populaires, revenir des électeurs quon navait
pas vus depuis longtemps. Ensuite,
le vote Non est un vote jeune, actif, populaire. Cest un vote jeune, car
les électeurs de 18 à 29 ans ont voté Non à 62%. Dailleurs,
de 18 à 55 ans, une majorité vote Non ; le Oui ne regagne la majorité
quaprès 55 ans. Cest un vote dactifs. De 71 à
78% des ouvriers ont voté Non, de même que 66% des employés.
Deux catégories dactifs seulement font exception : les cadres et
les professions libérales. Cest enfin un vote populaire. Jusquà
3000 euros nets mensuels par foyer, on vote Non. Le Oui repasse en tête
au delà de 3000 euros par mois. Quand on a Bac + 2, on vote Oui à
67% ; quand on a un CAP ou un BEP, on vote Non à 63%. De 61 à 64%
des électeurs de gauche ont voté Non ; mais aussi 21% des électeurs
de droite1 Cette
coalition de forces jeunes, actives et populaires, sest réalisée
malgré un déluge médiatique, stigmatisant le vote Non, malgré
les deux grands partis politiques qui accaparent les sièges au Parlement,
largent public, le temps de parole et se succèdent alternativement
au pouvoir. Les électeurs se sont prononcés délibérément
et en conscience, contre les leçons administrées chaque matin par
les éditorialistes, les plumes bien-pensantes, les chefs de gouvernement
voisins, les économistes, dirigeants dentreprises, les « socialistes
» comme les libéraux européens, malgré le Président,
malgré le gouvernement, malgré le Parlement qui avait déjà,
lui, modifié la Constitution ! La hauteur des obstacles surmontés
dit assez la force de lélan du 29 mai. Aujourdhui
les mêmes, qui ont été défaits par le suffrage populaire,
semploient de toutes leurs forces à dénier limportance
du referendum, à vouloir loublier, à « réconcilier
» dans des synthèses vides partisans du Non et partisans du Oui,
en faisant semblant dignorer quils recouvrent lopposition irréductible
entre ceux qui saccommodent du libéralisme et de la mort de la nation,
et ceux qui défendent la souveraineté populaire et nationale De
la même manière, les émeutes en banlieue ont montré
la cristallisation de tous les échecs depuis plus de vingt ans. Echec dune
politique économique qui, du franc fort à leuro, a toujours
sacrifié lemploi et lindustrie, et mené à un
chômage de masse, totalement déstructurant et frappant spécialement
les jeunes générations. Echec dune politique sociale qui,
de politique de la ville en accompagnement social, sest contenté
de verser du baume sur les plaies sans traiter les causes du chômage. Echec
dune politique urbaine qui a laissé la ségrégation
lemporter, qui a concentré les populations à faibles ressources
et grosses difficultés dans les mêmes quartiers, souvent coupés
des villes-centres. Echec né dune ignorance du fait national, dun
auto-dénigrement constant, dun tropisme des élites à
mépriser le peuple et la France. Comment appeler les jeunes issus de limmigration
à « sintégrer », à faire France, si le
pays est décrit comme un foyer de honte permanente ? Comment demander à
des jeunes dêtre fiers dun pays dont les élites expliquent
à longueur de colonnes quil est le paria des nations ? Certes
ces appels et ces cris venus de notre peuple ne suffisent pas à former
un mouvement populaire majoritaire ou une majorité de gouvernement. Il
faut à cet élan un projet, des hommes et des femmes pour le porter,
une perspective politique. Nous
en sommes là. Notre investissement intellectuel au cours de la période,
limmense effort de cohésion, de créativité, de proposition
et dinnovation accompli au cours de la campagne présidentielle de
Jean-Pierre Chevènement, constitue un apport décisif. Pour aller
du Non au projet, nous ne partons pas de rien ! Le MRC doit porter plus loin ce
travail, répondre aux nouveaux défis, tracer de nouveaux chemins. I
- 2 Le retour du réel Beaucoup
dévènements récents ont donné sens à
notre cheminement :
La guerre dIrak a éclairé rétrospectivement la première
guerre du Golfe et montré ce quil en était de « la guerre
du droit » à laquelle la gauche de gouvernement comme la droite avaient
emboîté le pas. La France a pris cette fois la bonne voie, et chaque
jour confirme le bien-fondé de ce choix.
Lévolution de la situation en Corse a montré ce que les citoyens
pensaient des compromis passés avec une minorité violente ; les
résultats des referendums Outre Mer ont montré aussi que les citoyens
nentendaient pas prendre congé de la République, comme les
y invitaient pourtant la droite et la gauche.
Le modèle républicain décrié par les libéraux
de droite comme de gauche se porte moins mal que le modèle communautariste
britannique ; contrairement à ce quaffirment les libéraux,
ce nest pas le modèle républicain qui est à lorigine
de la crise des banlieues, cest la destruction de ce modèle depuis
vingt ans ! Cest le démantèlement de lécole républicaine,
labsence dinstruction civique, la fin du service national, le culte
de lindividualisme et de la réussite par largent, la dévaluation
de leffort et du travail, lidéal dégalité
en réalité abandonné au profit dune simple «
équité ». A ce modèle les Français montrent
avec constance leur attachement ; ils savent aussi que la laïcité
est le meilleur garant du vivre-ensemble et de la citoyenneté.
Le diagnostic posé, dès 1992, sur leuro, sa gestion par une
BCE hors de tout contrôle démocratique, au seul service des marchés
et de la rente, sest confirmé. Ce qui nous valait hier des huées
est aujourdhui devenu un constat partagé : la zone euro est la zone
du monde vouée à la non-croissance. Les Etats euro sont les champions
du monde du chômage.
Un nombre croissant de Français a pris conscience de ce que lUnion
européenne, au lieu de nous protéger des excès de la mondialisation,
nous y enfonçait au nom de la concurrence. On la vu avec clarté
lors du sommet de lOMC à Hong Kong.
Dautres éléments touchant aux remèdes à opposer
à nos maux sont venus à la lumière. Ainsi le refus de la
France, de lAllemagne et de la Russie, avec le soutien de la Chine, dautoriser
la guerre en Irak a formé le seul contrepoids à la politique américaine.
Il a empêché que lexpédition bushiste soit la guerre
de lOccident. Cest le seul grain de sable apporté dans les
rouages de la mondialisation libérale, car les équilibres financiers
mondiaux, la confiance dans le dollar, sont étroitement liés à
la capacité militaire américaine de se déployer en tous points
du monde.
Les Français ont à présent, dans leur majorité, saisi
le lien entre la politique libérale de Bruxelles, approuvée par
les représentants des Etats membres, et la liquidation des services publics
comme des entreprises nationales.
Des notions clés comme la nation, la République, la souveraineté
populaire, la citoyenneté, la laïcité sont redécouvertes
par beaucoup de ceux qui hier les vouaient aux gémonies, et envoyaient
La Marseillaise et Le Pen dos à dos.
La « décentralisation » idéologique, hier panacée,
est vue aujourdhui comme une volonté daffaiblissement de lEtat
et un risque pour légalité. Bref,
à gauche, beaucoup de socio-libéraux sont revenus, le temps dune
campagne référendaire, au bercail des idées républicaines.
Et à droite, la crise fait rage entre les libéraux, obnubilés
par le « modèle » américain, qui sont allés à
Washington sexcuser de la politique française, et ceux qui prétendent
redécouvrir les nécessités du « patriotisme économique
» et se réfèrent au volontarisme et au rôle de lEtat,
sans pour autant traduire cette orientation dans les faits. Cest ainsi que
les Chantiers de lAtlantique, dernier grand site français de la construction
navale ont été bradés à létranger pour
une bouchée de pain. Cest ainsi quaprès limmense
effort national consenti pour relever Pechiney, ou la sidérurgie, Pechiney
a été privatisé puis cédé au groupe nord-américain
Alcan, et que Arcelor, partie pour le Luxembourg, est aujourdhui la cible
dune OPA. Cest
dans ce contexte nouveau que le MRC doit élaborer un projet républicain
et exigeant. Dans lunivers politique déconsidéré que
nous connaissons, plus que jamais le seul repère sûr, cest
le projet quon veut servir. A quoi rimerait de se définir par rapport
à des réalités mouvantes ou à des définitions
qui ne veulent plus rien dire. Cest la gauche britannique qui est le meilleur
soutien de George Bush et cest la droite française qui s y
est opposé... Cest une gauche à la bonne conscience inaltérable
qui nous proposait de verrouiller le carcan libéral de la constitution
européenne... Cest la gauche officielle allemande qui avait pour
programme social celui du Medef français... Entre ceux qui programment
les piscines publiques selon les religions, et ceux qui proscrivent les signes
religieux à lEcole, cherchez la droite, cherchez la gauche ! Maastricht,
« constitution » européenne, Corse, statut de lOutre-Mer,
privatisations, cherchez la droite, cherchez la gauche ! Il
y a un meilleur critère que ceux que démentent la réalité,
cest le projet. Nous revendiquons dêtre jugés à
laune de notre projet. I
- 3 -Résister au libéralisme Ce
projet est dirigé par un choix moteur : la résistance au libéralisme,
et non lalignement docile sur ses exigences. Mais, pour y résister,
encore faut-il comprendre ce quest la mondialisation libérale. Encore
faut-il connaître ladversaire auquel on entend résister. Le
capitalisme industriel a laissé place au capitalisme financier. La valeur
nest plus constituée par la production de biens et de services mais
par lestimation, par les marchés financiers, de la valeur pour lactionnaire.
Cette désincarnation, ce détachement de la base réelle, permet
au capitalisme financier une extrême mobilité et une extrême
rapidité. Les capitaux se déplacent dans linstant, à
la vitesse des communications électroniques. Louverture des marchés
de tous les pays de la planète est donc une impérieuse nécessité.
Le taux de rentabilité financière à court terme est la seule
boussole. Aux capitaines dindustrie ont succédé les fonds
de pension. Leur exigence de rentabilité des capitaux investis est tout
à fait déraisonnable pour les industries dEurope ; elle ne
peut se satisfaire que sur des marchés émergents avec des coûts
salariaux très bas. Les firmes multi-nationales qui représentent
en valeur les deux tiers du commerce mondial sont les agents et les accélérateurs
du processus. Louverture de tous les marchés au commerce mondial
est devenu un objectif central ; cest la mission assignée à
lOMC, qui délibère et agit sous le feu constant des lobbyistes
des firmes multi-nationales, et instrumente les pays en développement,
-ou du moins certains dentre eux- comme elle la fait à Hong
Kong, pour mieux servir la cause du libre échangisme dogmatique. Le
rôle central des Etats-Unis est assuré par le dollar et par les privilèges
exorbitants que lui confère la confiance accordée à cette
monnaie devenue monnaie mondiale. La monnaie américaine reste en effet
la monnaie des échanges mondiaux (leuro représente 16% des
réserves, cest à dire sensiblement la même chose que
représentait auparavant le deutsche mark soit 14%) La valeur du dollar
nest guère liée par le déficit budgétaire américain,
ni par le déficit considérable de la balance commerciale américaine.
Cest la confiance dans la solidité de la tête de lEmpire
qui lexplique. Ainsi le Japon, la Chine, les pétromonarchies et lInde,
en achetant massivement des Bons du Trésor U.S., financent-ils le déficit
des paiements et assurent le bon fonctionnement du système, dont leffondrement
serait pour eux aussi terriblement coûteux. Ainsi lEurope dirige-t-elle
son épargne vers les Etats-Unis et accepte-t-elle, sans mot dire, une dévaluation
du dollar de 50% en cinq ans qui ouvre toutes grandes les portes des marchés
de la zone euro aux produits de la zone dollar et de la zone yuan qui lui est
associée. Aussi les Etats-Unis sefforcent-ils dobtenir une
réévaluation du yuan chinois pour améliorer leur balance
commerciale. A
la monnaie, il convient dajouter un élément majeur de contrôle
de léconomie mondiale, lénergie. Maîtriser la
production et le prix du pétrole aujourdhui, du gaz demain, représente
un instrument formidable de régulation. Le Moyen Orient, lIran, la
Russie, lAfrique détiennent les principales réserves. Les
Américains nentendent pas laisser aux pays producteurs ou à
des ententes entre pays producteurs, Europe, Chine et Japon, la maîtrise
de ces données. La guerre du Golfe puis la guerre dIrak ont cristallisé
ces enjeux et administré une limpide leçon de choses : les Etats-Unis
doivent justifier la confiance que placent en eux les marchés financiers.
Ils constituent de fait la seule puissance capable de projeter ses forces où
que ce soit. Cette confiance dans les Etats-Unis permet de maintenir le système
en équilibre, cest à dire en déséquilibre permanent.
Il y a un lien organique entre les capacités politiques et militaires de
Washington et le fonctionnement du système libéral mondialisé. Résister
à cette mondialisation financière et politique est nécessaire
pour qui veut lutter contre les inégalités, linjustice, le
chômage de masse. Prétendre lutter contre les effets du système
sans analyser puis combattre ses causes serait une imposture. Les Français
le savent bien ; la première cause qui les mobilise vraiment, la première
question quils nous posent est bien celle de la mondialisation. Est-elle
inéluctable ? irréversible ? Laisse-t-elle des marges de manuvre
? Et lorsquATTAC traite de ces vraies questions, elle recueille une attention
que les vieux partis usés et cauteleux ne peuvent plus espérer.
Le rôle de la politique, le devoir dun parti politique, ce nest
pas la gestion des affaires courantes au jour le jour, ce nest pas la lamentation
sur les fatalités, cest de comprendre le monde, de vouloir le changer
et dagir en conséquence. I
- 4 La mondialisation libérale a ses failles A
- Dabord, elle ne remplit pas les objectifs que ses idéologues lui
assignent : assurer le développement par la croissance généralisée
des échanges. LAmérique du Sud et lAfrique, une grande
partie de lAsie sont tenues à lécart. Lors des trente
dernières années, la part dans les échanges mondiaux des
pays les moins avancés a été divisée par cinq ! La
misère, la faim sévissent. Lenfoncement dans le sous-développement
est le lot de régions entières. Où en sont les espoirs de
« la décennie du développement » ? La CNUCED et ses
ambitions sont effacées par lOMC, mais les plans dajustement
du FMI plongent les populations dans le malheur, ont poussé lArgentine
au krach. Cette avalanche de misère fragilise le système. Dans toute
lAmérique latine, un mouvement populaire puissant change progressivement
la donne et remplace les bourgeoisies « compradores » par de nouveaux
courants qui veulent lier justice sociale et émancipation nationale. B
- La dictature du court terme est suicidaire. Exiger des taux de rentabilité
financière de 20% dans des pays où la croissance natteint
pas 2% est une démarche de prédateur, non dentrepreneur. La
création de valeur pour lactionnaire aboutit à détruire
loutil de production de valeur réelle. Mais « lentreprise
sans usine » que vantait naguère le dirigeant dAlcatel est
une entreprise sans emplois et bientôt sans valeur créée.
Cette myopie -qui est aussi celle des marchés- a besoin dêtre
corrigée. Le système lui-même a besoin de régulation.
Les grands investissements nécessaires, en matière de transports,
de fourniture dénergie, mais aussi de formation sortent du cadre
de rentabilité à court terme. C
- Leffacement des Etats que prône et met en pratique la mondialisation
libérale, pour ôter tout obstacle au libre-marché mondial,
crée du chaos, laisse libre cours aux affrontements ethniques, déstabilise
les Etats...et gêne lexpansion du commerce ! Le sommet de Hong Kong
a montré lessoufflement de ce dogme et ses limites. D
- La résistance des peuples, des nations, des cultures, des Etats est réelle.
Elle est aussi diverse. Et si nous proposons dorganiser une résistance
républicaine à la mondialisation libérale, il va de soi que
tout ce qui résiste à la mondialisation nest pas nôtre
! Celle-ci éveille en effet des réactions ethniques, archaïques,
où finissent par se mêler refus de la domination américaine
et refus de la modernité. Nous ne cautionnerons pas ces réactions
pires que le mal. La politique américaine stimule aussi sûrement
lislamisme radical au Sud que le chômage de masse nourrit Le Pen en
France ! Mais nous ne cèderons pas non plus aux amalgames honteux qui veulent
réduire toute force de résistance à la mondialisation, à
une alliance « rouge-brun ». Entre la mondialisation financière
et lislamisme ou le fascisme, il y a la démocratie ! Cette précision
étant donnée, il faut constater que la vague de la mondialisation
suscite de fortes réactions. La Chine a certes rejoint lOMC, mais
lEtat chinois a bien lintention dorganiser méthodiquement
son insertion dans le marché mondial et nentend pas se laisser écarteler
ou désagréger à son contact. La Russie nenvisage pas
de galvauder ses forces, notamment en énergie et matières premières,
sans quelles ne profitent durablement au développement du pays. La
profondeur de lopinion arabe et musulmane, de lAsie à lAtlantique,
est animée dun profond ressentiment à légard
de lAmérique et parfois de lOccident tout entier ; les régimes
en place sont parfois pris en porte à faux entre leur puissant protecteur
et leur peuple ; des bouleversements sont possibles à tout moment. En Amérique
latine, lantagonisme prend des formes diversifiées à Cuba,
en Argentine, au Brésil, au Venezuela, en Bolivie : partout cependant le
modèle libéral mondialisé est contesté. E
- En Europe, le paysage a changé fortement depuis dix ans. Certes, les
pays dEurope centrale et orientale, fraîchement libérés
du joug soviétique, sont-ils vivement attirés vers le modèle
libéral mondialisé, et spécialement vers les Etats-Unis.
Mais en Europe de lOuest, le mirage a cessé dexercer ses effets
: on a découvert, lors de la guerre dIrak, lampleur du fossé
qui sépare les opinions publiques en Europe et aux Etats-Unis, même
si les milieux au pouvoir à Londres, Madrid, Lisbonne ou Rome étaient
alors restés fidèles à latlantisme. La victoire du
Non au referendum est sans conteste un refus du modèle libéral par
les Français ; il est davantage aux Pays Bas un refus de disparaître
dans un ensemble non démocratique. Mais ces deux votes confirment la fin
dune époque. Les charmes de la « mondialisation heureuse »
sont évanouis. En Europe de louest, on affronte la désindustrialisation,
les délocalisations, la stagnation des salaires, la baisse du pouvoir dachat,
la mise en cause des protections sociales, le chômage de masse. Dès
lors que les politiques européennes sont apparues non comme une protection
contre la mondialisation, mais comme son chausse-pied, les peuples ont commencé
de sen détourner, par labstention dabord, par le refus
à présent. F
- Si lon se projette dans les vingt ans qui viennent, que sera la crédibilité
de la politique américaine et par conséquent du système mondialisé
dont elle est le cur ? Que vaudront les régimes de circonstance mis
en place dans les pays producteurs dénergie, face à la montée
en puissance de lInde et de la Chine ? Où se trouveront les réserves
inexploitées de main duvre à bas coût permettant
des taux de rendement du capital de 20% ? Les créanciers des Etats-Unis
seront-ils toujours consentants à financer ses déficits extérieurs
? Le consommateur américain, déjà surendetté et surconsommateur,
sera-t-il le seul à soutenir la demande mondiale, financée par les
autres ? LEurope, au lieu dasphyxier ses propres forces dans une visée
fédéraliste impossible qui lenfonce en fait dans la mondialisation
libérale, savisera-t-elle quelle doit organiser la coopération
des nations qui veulent faire vivre un modèle politique et social original
dans le monde ? LEurope savisera-t-elle de relancer lexpansion
et lemploi sur son sol et den trouver les moyens ? A
lévidence, lavenir nest pas écrit. La partie nest
pas jouée. Mais notre projet est éclairé dabord par
cette volonté : résister autant que faire se peut face à
la mondialisation financière libérale et ses effets, et encourager
toutes les nations du monde à rejeter ce carcan impérial. II
- NOTRE PROJET II
- 1 - Retrouver la croissance, faire reculer le chômage Le
chômage de masse est le mal à combattre. Il engendre la pauvreté,
lexclusion, le désespoir ; les replis identitaires, il nourrit la
xénophobie, le racisme, la délinquance ; il explique la perte de
confiance dans la République. Le problème est apparu insoluble parce
quon ne voulait pas en changer les données. Le
monétarisme absolu, depuis la fin des années 80, la politique du
franc fort pour préparer leuro, puis leuro fort ont privilégié
la rente et tari linvestissement. Cette politique qui a coûté
en Europe des millions de chômeurs a été rejointe par la mondialisation
financière : démantèlement de toutes les régulations
et contrôles sur les flux financiers, abaissement des impôts, ouverture
des marchés financiers aux fonds de pensions. Les délocalisations,
recherches de main duvre la moins coûteuse sur la planète,
le démantèlement de toutes les protections commerciales, louverture
à tous vents du marché européen où les produits à
bas prix tuent les productions locales, ont fait le reste. A lheure où
les entreprises du CAC 40 voient leurs bénéfices augmenter de manière
importante, la précarité augmente de plus en plus. Cest
cette orientation quil faut contrer. On ne luttera pas contre ses effets
-le chômage- sans agir sur ses causes. II
- 1 A - Changer larchitecture de la zone euro La
zone euro peut renouer avec la croissance. Cest la priorité immédiate.
Lexpansion économique doit gagner lEurope et spécialement
la zone euro où elle est aujourdhui interdite de séjour. Pour
changer de politique, nous proposons : de renégocier le Pacte de stabilité,
pour en faire un pacte de croissance concertée. A tout le moins les dépenses
dinvestissement productif, de recherche et de défense doivent être
exclues du calcul du déficit budgétaire plafonné. De modifier
les statuts de la Banque centrale européenne afin dinclure dans ses
missions la nécessité de veiller à lemploi et à
un haut niveau dactivité Dinstituer un gouvernement économique
de leuro assuré par lEurogroupe, et autorisé à
donner des orientations à la BCE. La politique du change est capitale,
du fait de la mondialisation des échanges. Elle doit être reprise
en main : comment accepter que la BCE ait laissé sans réagir leuro
se réévaluer de 50% face au dollar, pénalisant ainsi lourdement
la production et lemploi dans la zone euro ? Le futur Président de
la République doit être décidé à se battre farouchement
pour changer larchitecture de la zone euro. Faute de quoi, devant lincapacité
du système monétaire euro de répondre aux besoins des économies
des pays membres, ceux-ci seront tentés par le décrochement de leuro
et le retour aux dévaluations compétitives. II
- 1 B - Linnovation et la recherche Nous
proposons un effort renouvelé et conséquent en matière de
recherche. Les vux pieux du sommet de Lisbonne en matière de recherche
et de technologie ont heurté le mur du pacte de stabilité. Nous
proposons de porter à 3% du PIB leffort de recherche français,
en déduisant ces engagements des déficits budgétaires plafonnés.
Tous les pays de lUnion ne sont pas en mesure de mener le même effort
de recherche. Ceux qui le font doivent y être encouragés ; cest
un intérêt commun. Le même raisonnement vaut pour leffort
de défense. Nos
orientations prioritaires doivent viser les nouvelles technologies de linformation,
les biotechnologies, lénergie (réacteur nucléaire du
futur, pile à combustible, fusion nucléaire, énergies renouvelables...)
la santé, les transports, lagriculture, lenvironnement. Linitiative
publique en ces domaines est nécessaire. II
- 1 C - La politique industrielle La
politique industrielle doit reprendre ses droits . Elle a été ramenée
par la Commission de Bruxelles à une simple politique de la concurrence.
Celle-ci exige une réforme de bon sens : dans une économie mondialisée,
le temps nest plus à lutter contre des positions localement fortes.
Dès lors quune position nest dominante que localement, elle
doit être acceptée voire encouragée lorsquil sagit
de faire naître en Europe des champions mondiaux. Dans
les secteurs industriels vitaux et stratégiques, lEtat doit exercer
une mission de sécurité absolue et assumer un rôle de stratège.
Son droit de regard, sous forme dactions spécifiques (golden share)
par exemple, est légitime. Il faut en finir avec une attitude aussi désastreuse
que celle de la Commission dans laffaire Alstom, qui pousse à créer
un monopole en Europe et à affaiblir les capacités européennes
face à la concurrence mondiale dans des secteurs hautement stratégiques.
Des coopérations renforcées dans les domaines industriels clés
doivent pouvoir se nouer, sans laval préalable de la Commission,
avec un nombre restreint dEtats membres volontaires. Une
politique industrielle cohérente exige de mettre nos grandes entreprises
à labri des prédateurs boursiers. Beaucoup, en raison de leur
actionnariat, sont vulnérables ; les exemples de Carrefour ou Danone sont
connus. Des moyens existent : contrôle des fusions boursières, constitution
dun pôle dactionnaires stable capable dintégrer
les exigences de moyen et long terme pour lentreprise, actionnariat salarié,
qui à partir de 10 - 15% offre une résistance solide aux opérations
prédatrices. Une
politique de soutien à la croissance, lindustrie et lemploi
appelle également lEtat à veiller à un environnement
favorable et stable II
- 1 D - Lénergie Lénergie
est le premier de ces facteurs. Les pouvoirs publics ne peuvent sen désintéresser.
Nos approvisionnements en pétrole et en gaz sont liés à la
qualité de nos relations avec les pays qui forment le grand voisinage de
lEurope : Moyen-Orient et Iran, Maghreb, Russie. Les récentes tensions
à propos de lapprovisionnement en gaz de lEurope le montrent
amplement : laffaire est dabord politique et ne saurait se régler
par le seul jeu du marché. Une Europe européenne, soucieuse de ses
intérêts à terme, a autre chose à faire que demboîter
le pas à la politique américaine dans ces régions, ne serait-ce
quen raison de la contrariété dintérêts
au point de vue énergétique. Nous proposons une politique de grand
voisinage avec la Russie, le Proche et Moyen-Orient, le Maghreb, au sein de laquelle
la sûreté de nos approvisionnements énergétiques sinscrira
logiquement. Les
prix durablement élevés du pétrole, le besoin dindépendance
énergétique, font que lénergie nucléaire a un
grand avenir devant elle. Ceux des pays qui ont cru, un temps, pour causes électorales,
pouvoir sen détourner, préparent des revirements déchirants.
Lavenir du nucléaire doit être préparé et un
vrai débat public en est le meilleur moyen. Lheureux déblocage
de lEPR est un pas décisif. La localisation à Cadarache du
projet ITER est une reconnaissance des acquis français et un fort accélérateur
de la recherche en matière dénergie nucléaire : réacteur
de recherche, réacteur de remplacement des tranches EDF, réacteurs
sous-critiques... Sur vingt ans, il faut prévoir de gérer 500 tonnes
de déchets, de manière sûre, durable et réversible.
Ce nest pas inaccessible ! La loi Bataille en fournit le moyen. Faute de
quoi, ce serait 50 000 000 de tonnes de gaz carbonique que nous serions amenés
à produire... Le souci de lenvironnement, la préparation de
lavenir et lintérêt national se rejoignent pour conjuguer
le développement du nucléaire avec les énergies renouvelables
et une politique sérieuse de maîtrise des dépenses énergétiques. II
- 1 E - Le service public Pour
offrir un cadre favorable à la croissance et à lemploi, nous
avons besoin de services publics performants et de qualité. Les défis
énergétiques à venir, le renouveau du nucléaire, exigent,
tant du point de vue de la sécurité que de lexigence de long
terme pour les investissements, quEDF reste dans le domaine public. Lénergie,
mais aussi lapprovisionnement et le traitement de leau, sont deux
exemples évidents de domaines pour lesquels le service public est seul
de nature à apporter les garanties quexigent les citoyens. Si
les Français ont rejeté le projet de « constitution »
européenne, cest parce quils ont saisi que « la concurrence
libre et non faussée » était le lacet avec lequel les libéraux
entendaient étrangler le service public. Certes, ils nen dressaient
pas lacte de décès ! Mais en les soumettant à la concurrence,
on les laissait à la merci de lécrémage où le
secteur privé soctroie les activités rentables, ne laissant
au public que le secteur déficitaire, avant de disparaître. A linverse
il sagit pour nous de mettre en place une politique active de service public
empêchant la constitution de monopoles privés : eau, santé,
autoroutes, transports, énergie... Le
prochain Président de la République doit être capable dobtenir
une directive « service public », permettant sans équivoque
de préserver nos services publics, garants de légalité
daccès des citoyens aux services de base ; faute de quoi le maintien
du service public dans notre pays exige une clause dérogatoire (opting
out) sur les mesures de libéralisation. Et la plus solide manière
dempêcher ces liquidations est dinscrire dans notre constitution
la liste des principaux services publics qui, dès lors, ne pourront perdre
leur statut de service public exigé par la constitution, sans laccord
du constituant. II
- 2 - La revalorisation du travail La
loi de la mondialisation libérale, cest la mise en concurrence des
« coûts » du travail, le salaire étant ramené
à un coût sans considération des effets quil exerce
sur la demande et la croissance. La Commission agit sous la pression et les impératifs
de lAccord général sur les commerces et les services (AGCS)
qui imposent partout la libéralisation. Le projet de directive service,
dite Bolkestein, y compris dans sa version actuelle, doit ainsi faire lobjet
dun veto de la France. Ce nest pas la flexibilisation sans limite
du travail, dont témoignent aussi les formules de CNE et CPE qui permettra
de relever le défi. A cette concurrence, lAsie est aujourdhui
gagnante ; certains Etats dAfrique jouent aussi leur carte, et les pays
dEurope centrale et orientale exercent leur attrait. II
- 2 A - Protéger les acquis sociaux en Europe Une
politique de revalorisation du travail doit donc être cohérente et
prendre en compte cette réalité. A terme, le respect de clauses
sociales et environnementales à lOMC doit être notre cheval
de bataille. Mais cette bataille sera rude et longue. Cest
pourquoi, faute de résultat, lUnion européenne doit remettre
en uvre la préférence communautaire qui prévalait jusquen
1974 au sein du Marché commun, et lappliquer aux biens et aux services.
Cette préférence communautaire implique un tarif extérieur
commun. Cest la seule manière de garantir le niveau social européen.
Ne nous laissons pas intimider par ceux qui crient au « protectionnisme
» pour défendre les intérêts financiers au détriment
de lintérêt général des peuples européens, Cette
conception des relations commerciales mondiales, à rebours du libre échangisme
dogmatique de lOMC, vaut non seulement pour lEurope, mais pour le
monde. La liberté des échanges, comme la fort bien montré
Maurice Allais, seul prix Nobel déconomie français, ne peut
valoir quentre zones de niveau économique et social comparable. La
thèse libérale selon laquelle lextension sans limite du libre-échange
apporterait la prospérité est contredite par lexpérience
: le chômage saccroît au Nord, tandis que la majorité
des pays du Sud senfonce dans le sous-développement. Notre politique
de commerce mondial doit inciter à un cercle vertueux : plus le niveau
social et environnemental sélèvera dans les pays fournisseurs,
plus le niveau de leurs exportations vers lEurope saccroîtra.
A la vision de lOMC nous devons opposer un projet dorganisation du
commerce mondial par grands ensembles régionaux, de niveau économique
et social comparable, avec liberté des échanges à lintérieur,
et régulation des échanges entre grandes zones. Notre
politique commerciale doit viser une réorientation volontariste et importante
de nos courants déchange vers nos voisins immédiats dont lévolution
économique négative actuelle ne pourra pas rester sans conséquences
graves pour lEurope : Afrique du Nord, Afrique sub-saharienne et Proche-Orient.
La politique libre-échangiste actuelle de lEurope accroît,
dans toute sa myopie idéologique, les difficultés de ces trois zones
majeures pour notre avenir, la dérégulation des marchés du
textile en ayant fourni le dernier en date. Notre politique commerciale, sur la
base de quotas et daccords bilatéraux doit favoriser drastiquement
des investissements massifs et réellement productifs dans ces trois zones. II
- 2 B - Rééquilibrer les revenus du travail et du capital Dès
à présent la revalorisation du travail, par rapport aux revenus
du capital, peut sengager en France par la réforme des charges sociales.
Nous proposons que les cotisations sociales patronales, aujourdhui assises
sur les salaires, soient graduellement remplacées par une taxe assise sur
la valeur ajoutée comptable de lentreprise. Ce prélèvement
unique se substituera au système actuel de cotisations et exonérations
ciblées. Les cotisations salariales, à lexception de la retraite,
doivent être transférées vers une CSG ne supportant pas limpôt.
Ces transferts permettront aux entreprises de poursuivre leffort de revalorisation
du SMIC et de rendre au salariés du pouvoir dachat. A linverse,
les revenus du capital seraient appelés à financer bien davantage
la protection sociale. Revaloriser le travail et sa rémunération
exige de commencer par le SMIC et les bas salaires : le travail doit être
reconnu socialement et ce principe ne doit pas être anéanti par le
dumping social mondial. Il faut aussi lutter contre la précarité,
et non la développer, avec les contrats CNE CPE, voués à
sétendre comme tache dhuile et à réduire à
rien le droit du travail ; il conviendrait aussi de rendre coûteuses pour
lemployeur les indemnités de fin de CDD. II
- 2 C - Garantir les protections sociales Cest
dabord par le travail et la croissance que sera garantie la pérennité
des régimes sociaux. En matière de retraite, cette certitude nest
pas aujourdhui assurée. La part des actifs par rapport aux inactifs
sera améliorée si la retraite progressive est mise en place. Ceux
qui le souhaitent ne doivent plus être arrêtés de travailler
par un âge-couperet. Lallongement de la durée de vie pourra
ne pas déséquilibrer le système, si une politique active
daide à lenfant redresse la démographie. Mais le chômage
important des jeunes et des salariés après 50 ans constitue une
immense perte de cotisations pour les régimes de protection sociale. Lissue
nest pas dans les fonds de pension qui ne font quengendrer de nouveaux
risques et se révèlent fort coûteux. Elle est dans la réforme
de lassiette des cotisations, lamélioration du taux dactivité
en fin de carrière... et dans le recul du chômage. Lassurance
maladie est en danger : en témoignent le déséquilibre de
ses comptes et les menaces de libéralisation dans la logique de libre-concurrence
: lOMC souhaite inclure la santé dans son champ daction. Nous
voulons au contraire renforcer un système de protection universel, égalitaire
et solidaire, dégagé des contraintes de rentabilité mais
équilibré financièrement. Nous proposons de rendre au Parlement
un rôle directeur dans la politique de santé publique et dans les
dépenses de santé. Nous avons besoin dune politique du médicament,
libérée des pressions des grands groupes pharmaceutiques. Moderniser
lhôpital public, cest déconcentrer son budget au niveau
de chaque service, distinguer une partie forfaitaire correspondant aux missions
générales et une partie indexée sur lactivité
réelle. Cest aussi faire face à la pénurie dinfirmières,
mettre fin au numerus clausus pour les médecins, accorder des encouragements
financiers à linstallation en zone difficile, à la tenue des
gardes et des urgences. Des Agences régionales de santé doivent
garantir la cohérence des choix et la réalité de légal
accès aux soins. Nous proposons également dorganiser un cinquième
risque dans la protection sociale : le risque dépendance, par reconversion
du système actuel et protégeant lensemble des ménages. La
solidarité entre les générations passe aussi par la politique
familiale. Beaucoup de couples nont pas autant denfants quils
le désirent. Cest dommage pour eux et fâcheux pour notre pays.
Lexcédent de la branche famille doit être dirigé vers
la construction de crèches et le financement de services dassistance
maternelle, en maintenant la diversification des modes de garde. Garantir
et pérenniser notre système de protection sociale, cest donc
résister à la logique libérale qui veut le transformer en
champ de profit, au risque dimmenses inégalités. II
- 2 D - Les paysans doivent pouvoir vivre de leur travail Revaloriser
le travail des paysans face à loffensive libérale menée
par lOMC est un combat exemplaire pour toute résistance au libéralisme.
La réforme de la PAC imposée en 2003 a instauré un «
découplage » entre la production et le revenu des paysans. Désormais
lagriculteur ou léleveur, au lieu de vivre de ses produits
-dont le prix sera progressivement aligné sur le cours de braderie du marché
mondial- vivra dallocations. Cest un abandon complet des principes
de la PAC, qui était, faut-il le rappeler, la seule politique commune mise
en place. Désormais, lUnion européenne na quun
objectif : aligner lEurope sur le marché mondial, comme ly
presse lOMC, laquelle peut compter sur le soutien actif de Tony Blair. Contre
cette liquidation, il faut réinventer la PAC et les principes qui lavaient
fondée : préférence communautaire, prix rémunérateurs
encourageant la qualité, souveraineté alimentaire, en servant de
nouveaux objectifs : agriculture paysanne, sécurité et qualité
alimentaires, rejet du dumping vis à vis des agricultures des pays du Sud.
Le refus du découplage des aides va de pair, pour nous, avec la fixation
de prix intérieurs européens, en référence aux coûts
de production réels et à des codes de bonne pratique. Le respect
de la préférence communautaire garantit ces prix. Dès lors,
la limitation par quota de production des restitutions aux exportations est acceptable. Lobjectif
dautosuffisance alimentaire de lEurope ne doit pas être perdu
de vue. Dans cet équilibre, pourront être menés à bien
le passage de la production de masse à la qualité, lencouragement
aux productions agricoles non alimentaires, au respect de lenvironnement,
le développement des contrats territoriaux dexploitation, non seulement
pour les exploitants bien installés mais pour tous les autres. Des aides
directes sont possibles dès lors quelles visent à préserver
lenvironnement et développer les bonnes pratiques. Mais cette réinvention
de la PAC doit permettre à lEurope de se nourrir par elle-même
et aux paysans de vivre de leur travail et non de subsides. Pour
valoriser le travail, faire face au chômage de masse en Europe, maintenir
un système valide et juste de protection sociale, un vigoureux changement
de politique est indispensable. Ce renversement de cours ne peut être porté
que par un mouvement populaire puissant capable de voir dans cet effort non pas
un programme électoral supplémentaire, mais la République
elle-même, reprenant confiance en soi, relevant les défis, la République
relevée, la République en actes. II
- 3 - La République relevée II
- 3 A - La souveraineté, la démocratie, la loi Le
plus grand reproche quon puisse faire aux gouvernements qui se sont succédé,
cest davoir laissé effacer les repères de la République.
Et pourtant, plus la réalité est complexe, plus rapidement elle
évolue et se transforme, et plus nous avons besoin de principes clairs.
La France est un pays essentiellement politique, pour qui la souveraineté
populaire est lautre nom de la liberté. Il ny a pas de démocratie
sans souveraineté du peuple. Tous ceux qui ont tourné autour du
pot, essayant de finasser avec ce principe élémentaire, de théoriser
sur des « délégations de souveraineté » à
Bruxelles, ont heurté lobstacle le 29 mai : comment imposer à
notre peuple des choix quil na pas voulus, ni par lui-même ni
par ses représentants ? Refonder les institutions européennes sur
la démocratie, cest la refonder sur les souverainetés nationales
qui sont inaliénables. Cela nexclut nullement des transferts de compétences,
des compétences exercées en commun, mais à condition que
celles-ci soient démocratiquement contrôlées. La prolifération
du droit communautaire dérivé est devenue incontrôlable :
il serait temps de revenir au principe de la primauté de la loi nationale
postérieure sur ce droit dérivé. Nous proposons dailleurs
détendre en Europe le champ de ces compétences exercées
en commun par des coopérations renforcées. Les
droits de lhomme sont indissociables de ceux du citoyen, qui constitue une
parcelle du souverain. Les droits et les devoirs qui sont les siens sont liés
à la souveraineté nationale quil a en partage. Le «
droitdelhommisme » est un consumérisme ; les droits et devoirs
du citoyen sont une éthique. Cest tout cela quil faut relever
! En
République, le citoyen na quun maître : la loi, qui doit
être égale pour tous. Il est urgent de simplifier la loi, de mettre
un terme à la prolifération réglementaire, nationale comme
européenne. Prendre le citoyen au sérieux cest garantir la
clarté et la lisibilité de la loi. II
- 3 B - Le renouveau de lEtat LEtat
est linstrument par lequel le bien commun saffirme par dessus les
intérêts particuliers. Pour réformer lEtat, il faut
clairement fixer ses tâches : fonctions régaliennes, fonctions anticipatrices,
fonctions de stratège et missions dintérêt public :
transports, énergie, recherche, aménagement du territoire... Ceux
qui ont la charge de servir lEtat doivent le moderniser au lieu de le dénigrer.
La frénésie de calomnies sur le rôle de lEtat a été
encouragée par les gouvernements libéraux qui se sont succédé
en France, appliqués à poursuivre une décentralisation tout
idéologique et dépassée. A présent les Français
et leurs élus nen veulent plus. Cette décentralisation là
signifie la fin de légalité. Décentralisons donc, mais
dans la République et dans le respect de la solidarité nationale.
Cessons dopposer les collectivités locales à lEtat :
tous doivent servir le bien public. Le développement de lintercommunalité
de la loi de 1999 montre que cest possible. Il serait nécessaire
aussi, sur ce modèle de lintercommunalité, de clarifier les
responsabilités de chaque niveau de collectivité locale, en désignant
des collectivités chef de file pour chaque domaine dactivité,
en réformant le mode de scrutin pour lélection des conseils
généraux, en conférant aux régions un statut dinterdépartementalité
sur le modèle de lintercommunalité. II
- 3 C - La reconquête des territoires Une
vigoureuse politique daménagement du territoire en sera un excellent
terrain dapplication. Le choix de pôles de compétitivité
peut se révéler de bonne méthode, à condition cependant
que les moyens correspondent au propos. Ils doivent servir à une reconquête
de lespace français, pensée en fonction des défis européens.
Cela appelle également une mise en cohérence des politiques publiques
où lEtat à un rôle moteur à jouer : le discours
de dénigrement de lEtat et dapologie de la proximité
est totalement périmé et dangereux face aux enjeux mondiaux. Il
est temps aussi de réinventer la politique de la ville et den faire
un bilan sans complaisance, spécialement au lendemain des émeutes
des banlieues : contractualisation poussée à lexcès,
multiplication des procédures, superposition des zonages vont à
lencontre de lefficacité et de la rapidité nécessaires.
Elles vont de pair avec labsence de sens : quelle égalité
bâtir, pour quelle citoyenneté, dans quelle nation ? Tant que ces
questions ne trouvent pas réponse, les modalités daction senlisent
sans perspective. A la « politique de la ville », aux « politiques
dintégration » doit succéder une volonté nationale
de plein accès à la citoyenneté, replaçant les valeurs
républicaines au cur du pacte social, rejetant dans les actes les
réflexes communautaristes. Nous
proposons de modifier les règles de financement du logement pour construire
la mixité sociale, au sein de chaque immeuble, pour construire de la ville
dans chaque quartier en déshérence avec ce que cela exige déquipements,
de services, de lien social, sans écarter la nécessité de
détruire et reconstruire ce qui doit lêtre dans les banlieues.
A léclatement dans lespace correspond labsence de solidarité
: la ville éparpillée, en miettes, doit retrouver cohésion
sociale et densité urbaine. Le secteur du bâtiment nest pas
délocalisable ! Cest un moyen efficace de la relance. Nous
proposons de garantir aux collectivités locales des ressources pérennes
fondées sur la fiscalité locale au lieu de les remplacer par des
dotations. Le maillage territorial des services publics doit sadapter à
lévolution des populations et à leur croissance en zone péri-urbaine.
Des systèmes de parrainage souples doivent être favorisés
avec les étudiants, les retraités, les bénévoles,
les anciens élèves et les jeunes des quartiers populaires en difficulté
scolaire. Un nouveau mouvement déducation populaire laïque est
à créer dans nos banlieues II
- 4 - La citoyenneté affermie Le
citoyen est au cur de la République parce que sarticulent en
lui la liberté individuelle et lexigence du bien commun. La citoyenneté
ne sépare pas lautonomie de chaque être humain et la solidarité.
Face à lindividualisme, la citoyenneté est le rappel de lintérêt
général. Le civisme est la forme la plus élaborée
du lien social. Relever le citoyen cest dabord croire en légalité
des droits et des chances, cest rappeler légalité devant
la loi. Si la citoyenneté traverse aujourdhui une crise, ce nest
pas le modèle républicain qui est en cause, mais les coups de boutoir
qui le frappent jour après jour, au nom de lindividualisme exacerbé,
du culte de la réussite personnelle par largent, des communautarismes.
Cest aussi parce que lintérêt général est
perdu de vue. II
- 4 A - Légalité entre les hommes et les femmes est le premier
défi à relever par le principe de citoyenneté. Nous
sommes très loin du compte, spécialement dans la vie professionnelle.
78% des emplois non qualifiés sont occupés par des femmes, et 82%
des emplois à temps partiel. Mais 5% des membres des conseils dadministration
sont des femmes ! Depuis la mise en oeuvre de la directive européenne sur
le travail de nuit, 15000 femmes supplémentaires travaillent de nuit dans
lindustrie, et savourent sans doute cet acquis du féminisme bobo...
Une politique active dégalité professionnelle est nécessaire.
La collectivité doit aussi développer les services indispensables
pour que les femmes puissent concilier vie professionnelle et familiale, engagement
politique ou social (crèches, services à domicile, péri-scolaire...)
Le principe de laïcité est un appui pour les femmes qui doivent à
nouveau défendre le droit à disposer delles-mêmes face
aux mouvements anti-IVG, ou même défendre leurs droits élémentaires
contre les pressions religieuses ou machistes de certains milieux islamistes.
Pour tout Républicain, le combat féministe est un enjeu concret
dégalité. Légalité hommes-femmes est un
principe devant lequel les traditions, les cultures, les religions doivent céder
le pas. II
- 4 B - Légal accès à la citoyenneté La
crise des banlieues le montre avec force : légal accès à
la citoyenneté est devenu un enjeu majeur de notre génération
: aux jeunes issus de limmigration, aux jeunes stigmatisés par leur
quartier de résidence ou leur couleur de peau, nous devons tenir la promesse
républicaine dégalité. Il faut certes lutter énergiquement
contre les discriminations à lembauche, au logement, dans les loisirs,
mais il faut aller bien au delà : promouvoir avec volontarisme cette génération.
Education populaire dans les quartiers, soutien scolaire, préparation aux
concours...Une ingénierie républicaine, fondée sur des critéres
sociaux et géographiques doit permettre de construire un véritable
plan pour légalité. LEtat ne doit pas rester observateur
ou juge pénal : il doit devenir acteur de cette promotion volontaire fondée
non sur une discrimination raciale positive, mais sur lexigence dégalité
de tous les citoyens et lardeur à abattre les obstacles qui sy
opposent et les préjugés. La création dun service national
court et obligatoire formerait un des rares lieux de brassage social, et serait
une occasion de saisir la signification de lappartenance nationale et de
la solidarité civique. Nous
proposons aussi que, à la manière des anciens IPES, lEtat
finance les études des jeunes de condition modeste sous condition quils
servent lEtat ou le secteur public durant dix ans. Ce serait un moyen efficace
de promotion sociale et une irrigation de la fonction publique et du secteur public
par des femmes et des hommes représentant la diversité de la France
daujourdhui. Cette
politique sociale, pour réussir, doit sinscrire dans une réaffirmation
nationale. Au moment de faire France avec nos nouveaux citoyens, donnons-leur
lenvie dêtre Français ! Au lieu de dicter par des lois
le contenu des programmes dhistoire, cessons de caricaturer le passé,
de fragmenter la mémoire nationale en autant de mémoires communautaires
rivales, et affirmons sereinement que la France est digne dêtre aimée.
Comme ses voisins dEurope, elle a connu ses ombres et ses crimes, mais ils
ne sauraient faire oublier les grands élans qui sont le fil directeur de
son histoire : La Révolution française, la démocratie, les
droits de lhomme et du citoyen, labolition de lesclavage, la
laïcité, la Résistance et la Libération. Certes la France
na pas toujours été fidèle à ses idéaux
; mais cest au nom même de ces idéaux que nous pouvons mener
une critique constructive qui, loin de faire haïr notre histoire, fera mieux
comprendre à quel point elle est lenjeu dun combat constant. II
- 4 C - Donner sens à limmigration La
France doit demeurer une terre dimmigration, à condition que celle-ci
soit régie par des règles claires et ne soit pas perpétuellement
agitée par les démagogues, qui prennent le risque grave de déstabiliser
les populations installées sur notre sol. De même, il faut rester
ferme avec le principe qui veut que laccueil dun étranger en
France a pour corollaire le respect des valeurs de la République et de
ses lois. Il faut ainsi conforter la situation des étrangers établis
en France et lui donner sens : pour limmense majorité, ils deviendront
Français et leur destin est en France. Laccès à la
nationalité est laboutissement logique -du moins pour ceux qui le
souhaitent-. « Limmigration zéro » et « des papiers
pour tous » sont les deux faces dune même médaille :
lignorance de la réalité des migrations. La maîtrise
du mouvement, pour le rendre compatible avec nos capacités daccueil,
implique des lois claires et un soutien actif au co-développement avec
les pays dorigine. Les quota dorigine ne sont pas acceptables en raison
de leurs critères ethniques ou raciaux ; les quota par profession ne peuvent
être utilisés quen accord avec les pays dorigine afin
de ne pas organiser le pillage des cerveaux du Tiers Monde. Pour apaiser les peurs,
donnons sens à limmigration : elle est appelée à faire
France ! Avec les nouveaux venus, futurs citoyens de la République, nous
serons en 2015 le premier pays dEurope par la population. II
- 4 D - La laïcité La
laïcité est constitutive de la citoyenneté : en distinguant
la sphère publique de la sphère privée, elle rend compatible
linfinie diversité des hommes, des cultures, des religions, et la
commune appartenance à la République à égalité
de droits et devoirs. La laïcité unit les hommes par ce quils
ont en commun au lieu de les diviser par ce qui les distingue. Au
nom de la laïcité, nous devons veiller à ce quaucune
distinction religieuse ne simpose dans lespace public, à ce
que lethnicisation des rapports sociaux soit combattue, à ce que
la liberté de lesprit, de la recherche, de la création soit
garantie. Le premier combat laïque daujourdhui est à livrer
contre lenfermement dans le communautarisme. La
laïcité est un bon guide également pour traiter dun problème
simple : lIslam, dernier venu des grandes religions sur notre sol, ne dispose
pas de lieux de culte dans les mêmes conditions que les religions qui lont
précédé. Il est possible de compenser cette inégalité
sans toucher à la loi de 1905 : une Fondation privée dintérêt
public est en mesure de réunir les financements nécessaires sans
attenter aux règles de la loi de séparation. Un Islam de France,
ayant intégré le principe de laïcité dans ses rapports
avec lEtat et la société sera un précieux encouragement
pour ceux qui oeuvrent à lévolution des sociétés
politiques du monde arabo-musulman. Il est nécessaire de rappeler que le
Conseil représentatif du culte musulman, heureuse initiative de Jean-Pierre
Chevènement est compétent pour les affaires de culte, et ne saurait
être transformé en représentant des Français dorigine
maghrebine. De
même les principes laïcs sont éclairants quant il sagit
de légiférer sur les questions déthique : clonage thérapeutique,
par exemple, ou sur les modes de vie : améliorations du PACS notamment.
La liberté dexamen, léthique de responsabilité
sont de meilleurs repères que la fuite en avant dans toutes les démagogies. II
- 4 E - Le droit égal pour tous à la sûreté Lexigence
de la citoyenneté nous crée des devoirs en matière de sûreté,
de lutte contre la violence, de justice. Nous avons, de longue date, souligné
à quel point la délinquance urbaine touchait dabord les gens
les plus modestes, ceux que leurs moyens assignent à résidence et
qui ne peuvent quitter les cités populaires pour les beaux quartiers. Le
mépris ou lignorance de laspiration des habitants des quartiers
populaires à vivre dans la tranquillité explique une part de la
déroute de 2002. Rappelons que, pour nous, le droit égal pour tous
à la sécurité doit simposer aussi bien face à
la démagogie sécuritaire que face à langélisme.
Il va de pair avec laction pour légal accès à
la citoyenneté car aucun amalgame nest acceptable. Ni la pauvreté
ni lorigine étrangère de ses parents ne prédestine
quiconque à la délinquance. Et un délinquant, quil
soit auvergnat ou maghrébin, doit être sanctionné. Dans la
crise des banlieues, faire preuve dindulgence à légard
de ceux qui brûlaient des écoles ou incendiaient les voitures de
leur voisins, aurait été le meilleur moyen denfoncer ces jeunes,
qui ont avant tout besoin de repères. La démagogie est toujours
mauvaise conseillère. A rebours, aidons généreusement limmense
majorité des jeunes issus des quartiers populaires à réussir
leurs études, à trouver un travail et réussir leur vie. La
police de proximité, mise en place dès 1999 par Jean-Pierre Chevènement,
a été peu à peu démantelée. On a vu le résultat
de cet abandon, sur le terrain : face aux émeutes, la police de proximité
avait disparu et ne restaient que les unités dintervention. Cest
une profonde erreur sur laquelle il faudra revenir si lon veut traiter les
causes et non jeter de la poudre aux yeux. Il faut continuer daméliorer
la liaison police - gendarmerie - justice, et veiller à une harmonie de
vues ; un gros investissement humain et financier est nécessaire aussi
pour que la justice accomplisse ses missions à commencer par lexécution
des peines. Une loi de programmation pour la justice est nécessaire. II
- 4 F - Lévolution des institutions Enfin,
la question des institutions se trouvera posée : labsence de volonté
politique, la dilution des responsabilités, la mise en cause de la souveraineté
font prendre à beaucoup les effets pour la cause. Après seize réformes
constitutionnelles depuis 1958, ce nest pas le conservatisme institutionnel
qui est responsable de la crise ; peut-être sert-il de bouc émissaire
ou de dérivatif. Mieux vaut affronter les vrais problèmes. Autant
le dire, nous nattendons pas du prochain Président de la République
quil engage dès son élection une vingtième réforme
de la Constitution. Ce nest pas la priorité immédiate et la
démocratisation nécessaire du fonctionnement des institutions pourrait
prendre plus rapidement dautres chemins. Il
serait sage de saviser en revanche de toutes les conséquences du
quinquennat. Celui-ci, accompagné dune lecture plus originelle de
la Constitution, et du fait que lélection législative suit
désormais de quelques semaines lélection du Président
de la République, dessine un paysage beaucoup plus présidentiel,
où le chef de lEtat est directement responsable de lexécutif.
Il ny a pas lieu de sen offusquer dès lors que le Parlement
exerce la plénitude de ses droits : contrôle de lexécutif,
contrôle préalable des directives européennes (avec saisine
possible du Conseil constitutionnel), maîtrise sérieuse de la loi
de finances et de son exécution, de la loi de financement de la sécurité
sociale). Lélection
du Président de la République au suffrage universel, puis le quinquennat,
sont irréversibles. Ils dessinent, quon le veuille ou non, une évolution
présidentielle et non un retour au parlementarisme. Encore faut-il que
lavantage premier du régime présidentiel, à savoir
paradoxalement la force et lindépendance du Parlement par rapport
à lexécutif, soit affermi. Rappelons aussi quune telle
évolution rendrait possible lusage de la proportionnelle, en totalité
ou en partie, pour lélection des députés, puisque la
stabilité gouvernementale ne serait plus mise en cause. En revanche le
risque de blocage impose quen cas de crise, le Président comme lAssemblée
retournent devant les électeurs. Cest dans cette voie que les conséquences
du quinquennat doivent être méditées. En
matière institutionnelle enfin, se pose la question des partis politiques.
Le mode de financement public permet à deux grands partis daccaparer
lessentiel des fonds publics et des temps dantenne. Il est temps de
faire place aux formations émergentes et de réformer en conséquence
les critères du financement public. II
- 5 - Refonder lEcole Lécole
républicaine est à refonder. Depuis plus de trente ans elle a cherché
à relever les défis de la démocratisation et de larrivée
de couches de plus en plus nombreuses délèves, par des méthodes
et des théories qui ont souvent fait fausse route. La pédagogie
nest pas une fin en soi. Il est temps de recentrer lEcole sur ses
missions premières : la transmission des savoirs et des valeurs, et relever
lautorité qui la rend possible, celle des maîtres. La maîtrise
des savoirs élémentaires en primaire est la clé de toute
réussite ultérieure. Une priorité doit être donnée
à la maîtrise de la langue française qui conditionne tout
le reste... à commencer par lapprentissage ultérieur des langues
étrangères. La République doit conforter ses enseignants
et ceux qui les appuient dans leurs tâches : ils ont la tâche ingrate
dinculquer le goût de leffort dans une société
hédoniste, le sens du travail dans un monde où la réussite
par largent est portée au pinacle, la joie de comprendre, la fierté
de sélever, dans un environnement où tout concourt à
la crétinisation de masse. Leur tâche est difficile. Il est déraisonnable
de fermer les yeux sur la situation des élèves qui ne maîtrisent
pas les connaissances élémentaires et passent de classe en classe
en shabituant à léchec et en nourrissent le ressentiment. Nous
proposons de donner aux parents qui le souhaitent la possibilité de scolariser
dans des conditions adaptées les enfants en maternelle à partir
de deux ans, de rétablir une semaine équilibrée de cinq jours,
douvrir plus longtemps les CDI et bibliothèques, dorganiser
les études surveillées et le soutien scolaire. LEcole doit
devenir le lieu dapprentissage du bon usage de lInternet, où
lélève dirigera sa recherche au lieu dêtre égaré
par elle, où il apprendra à croiser ses sources avec celles des
media classiques. Lenseignement technique et technologique doit être
pleinement valorisé. Il sera utile aussi de créer des internats,
avec un régime de bourses pour les familles ayant de faibles ressources
; les internats créent les conditions de tranquillité, de sérénité
et de surveillance indispensables au travail intellectuel. La
formation de la citoyenneté est la deuxième grande mission de lEcole.
Linstruction civique doit transmettre les valeurs de la citoyenneté
: égalité des droits et des devoirs, laïcité, amour
de la loi, respect de soi et des autres. Cest le creuset dans lequel seffacent
les distinctions de sexe, dorigine, de croyances. Dans une société
sapée par les inégalités, lEcole demeure une garantie
de justice sociale quil faut préserver. La carte scolaire doit être
maintenue comme outil indispensable à la mixité sociale. Contre
lirruption de la violence dans lEcole, il faut relever lautorité
des maîtres : le jeunisme ou la démagogie conduisent à une
tyrannie du groupe sur lindividu. Les ZEP sont une bonne chose à
condition quelles aient les moyens de fonctionner et quelles ne cèdent
pas à la tentation du différentialisme dans les programmes. Les
méthodes de la didactique doivent sadapter aux élèves,
mais le niveau dexigence na pas à sabaisser. Dans les
zones dites difficiles, il faut mettre un terme aux suppressions de postes denseignants
et y nommer les plus expérimentés : les incitations appropriées
doivent être développées. Les Instituts universitaires de
formation des maîtres ont besoin de connaître la mission que la République
assigne à lEcole. Faute dun cap défini, la langue de
bois pédagogiste et le jargon libéral-libertaire se substituent
à lidéal de lEcole émancipatrice. Un bon niveau
de connaissances théoriques disciplinaires nest nullement incompatible
avec la maîtrise critique des techniques pédagogiques. De même
lapproche de léducation civique doit trouver place dans les
IUFM. Enfin
lEcole républicaine ne doit pas être assujettie aux féodalités
locales. Non au recrutement régional des maîtres, à la mise
en concurrence des établissements. La valeur nationale des diplômes
préserve une garantie dégalité. Dans
lenseignement supérieur, nous devons faire face au tarissement du
nombre détudiants dans les filières scientifiques et techniques.
Des bourses incitatives seraient nécessaires. Lorientation à
lUniversité et les conditions denseignement, au cours du premier
cycle doit répondre au défi que constitue labandon par de
nombreux étudiants de leur cursus. Nous avons également proposé
que lEtat et le service public financent les études de jeunes de
milieu modeste qui sengagent ensuite à servir durant dix ans. LEtat,
dans ses rapports avec lUniversité doit stimuler leur association
avec les grands organismes de recherche, favoriser la création de nouvelles
universités de technologie II
- 6 - Science, culture, environnement Les
politiques menées depuis un demi-siècle pour démocratiser
laccès à la culture ont eu des résultats qui sans être
négatifs restent insuffisants. Nous proposons de donner un nouvel élan
à cette ambition. Un projet républicain doit se fonder sur la confiance
accordée à la science et à la création. La liberté
de la recherche doit être défendue bec et ongles, contre les nouveaux
obscurantismes. Les choix politiques relèvent de la démocratie et
des décisions prises à la majorité. La recherche en revanche
ne doit pas connaître dobstacles politiques. Elle doit recevoir une
franche impulsion publique. Les
relations de lhomme et de la nature revêtent une dimension planétaire
: effet de serre, réchauffement du climat, conséquences sur le niveau
des océans et sur les terres habitées des rivages, amenuisement
de la biodiversité... Y faire face suppose de mobiliser les capacités
de la raison et de la science, et non de sombrer dans un millénarisme aveugle.
La mise en cause de plus en plus systématique de la recherche au nom dun
principe de précaution dévoyé nest pas acceptable.
Ainsi la situation climatique apparaît de plus en plus inquiétante
à lhorizon de quelques décennies. Limiter lémission
de gaz à effet de serre doit devenir un critère de toute décision
publique. On sétonne de lattitude de ladministration
américaine déniant ces évidences. On sétonne
de lattitude de la Commission européenne qui, en matière dénergie,
propose des catalogues dalternative au pétrole (charbon, éolien...)
qui ont sans doute un rôle à jouer, mais passe sous silence le fait
que seule lénergie nucléaire obtient un rendement énergétique
considérable sans émission de gaz à effet de serre. Le développement
mondial de cette énergie, assortie de mesures déconomies dénergie
et de promotion des sources renouvelables, peut stabiliser la concentration de
gaz carbonique et donc la température moyenne du globe. Cest un enjeu
qui mérite de sortir de la démagogie anti-nucléaire, souvent
déployée dailleurs par ceux qui ont accepté de mettre
en place le marché du « droit à polluer » ! Léthique
de responsabilité face à lenvironnement et à lavenir
de la planète est une dimension moderne du civisme et de la citoyenneté.
Il faut penser lécologie de lhumanité, et réintroduire
la responsabilité des nations face au devenir de lhumanité.
Dans ses programmes de recherche sur lenvironnement comme dans sa coopération
scientifique internationale, la France doit être exemplaire : respect du
protocole de Kyoto, programme en matière délectricité
photo-voltaïque, dagroforesterie, détude des coraux, protection
des sols, gestion des déchets. Elle défendra la souveraineté
des peuples sur leurs ressources en eau, qui doit échapper aux lois du
marché. Un
projet républicain fait confiance à la création et aux créateurs.
Il sagit de les défendre face à la marchandisation générale,
et de promouvoir lexception culturelle. Il sagit aussi de favoriser
la participation du plus grand nombre à la vie culturelle, en ressoudant
ainsi le sentiment dappartenance. Les difficultés daujourdhui
tiennent moins à loffre culturelle quà la demande, limitée
socialement et tendant à fonctionner en circuit fermé. Lexception
culturelle, que le projet de « constitution » européenne faisait
disparaître en la soumettant à laccord de la Commission et
du Conseil, vise, au delà de la diversité culturelle qui est un
fait, à inscrire au plan juridique le droit dexclure les biens culturels
des lois du commerce mondial. Il ne sagit pas dun principe national,
mais universel, permettant non seulement au cinéma français de survivre,
mais aux autres cinémas, dEurope ou dAfrique par exemple, de
renaître ou démerger. Il sagit aussi de développer
les liens culturels et économiques avec les pays francophones qui le souhaitent
afin que la culture française ne disparaisse pas dans un monde dominé
par la seule culture américaine. Nous
proposons également de recentrer la télévision publique sur
ses missions spécifiques, et de la financer par une taxe sur les rentrées
publicitaires des chaînes privées, celles-ci gagnant en retour lexclusivité
de la publicité commerciale. Ainsi affranchie de la tyrannie des annonceurs,
une télévision publique digne de ce nom fera place à la qualité,
à la création, à lexigence en matière dinformation.
Nous avons besoin aussi dune chaîne dinformation continue française,
diffusée par satellite ; lenjeu mérite de surmonter lopposition
public - privé. De même la concentration des media autour de grands
groupes industriels -souvent dindustries de défense - est préoccupante
: nous avons besoin dune loi anti-trust en matière de presse et,
pour le moins, du respect strict de la législation actuelle prohibant le
cumul de titres par un seul propriétaire. Nous
proposons |